Parcourir l’œuvre de Julio Villani, c’est aussi prendre la mesure de ce que l’art peut encore répondre à des questionnements existentiels. La question de l’identité qui tisse la toile de fond de sa démarche n’est pas seulement appréhendée à partir de la question de la ligne, qu’elle soit de partage, de liaison ou d’équilibre, mais par tout un travail sur la mémoire.
La Vénus se présente ainsi comme manifeste de son élan créatif, évoquant le singulier à travers le collectif.
Ce qui émane de ces joyeux objets est en fait la démarche caractéristique de l’œuvre de Villani tout entière, qui consiste à ramener au même plan différentes formes de mémoire, tissant le subjectif au collectif, les particularismes culturels aux grands chapitres de l’Histoire de l’Art.
Lorsqu’il s’attelle aux formes ou aux théories de l’Histoire de l’Art, Villani ne laisse transparaître dans ses propos aucune orthodoxie ou intransigeance ; il adopte plutôt une posture joyeuse et inquisitive, guettant les paradoxes et les déployant ensuite en
disjonctions irrévérencieuses.
Cette série s’appuie sur d’anciens manuscrits, principalement des actes notariaux. Les documents datent du milieu du XVIIIe au début du XXe siècle. Ce qui intéresse Villani n’est pas le contenu des pages, mais leur valeur « ajoutée » : le bruit de fond composé par l’écriture, la nature absorbante du papier chiffon.
Ce que l’on constate d’abord à travers ces images que Villani s’est approprié, c’est la cohérence de son processus créatif. Si la mémoire est l’une des matières premières de l’artiste, il est logique qu’il incorpore des photographies à ses séries. En dépit du temps écoulé, ou de la distance géographique, elles semblent étrangement intimes.
Ce qui m’apparaît en filigrane lors de la conversation que j’ai avec Julio Villani dans son atelier, entouré de sa production notoirement hétérogène, est l’impression que la « simultanéité » des formes et démarches de son travail trahit la constance de sa pensée créative.
Les Architectures de Villani sont des dessins rapides, presque des esquisses, au fusain sur de l’acrylique ou d’autres apprêts opaques. Elles sont réalisées en dessinant sur une surface encore humide ; les lignes, absorbées par la peinture, acquièrent une qualité picturale, tandis que la peinture est coupée, maculée par les traces de fusain.
Les machines et sculptures de Villani nient allègrement, et parfois perversement, leur fonctionnalité. À travers un mécanisme élaboré ou un apparat élégamment simple, ces œuvres présentent des objets tantôt au bord du mouvement, tantôt condamnés par leur échelle à l’éternelle immobilité.
Cette série présente une certaine ressemblance avec d’autres œuvres de Villani. On remarque une répétition des formes qui possède la même qualité séquentielle que les peintures. Parfois, ces collages jouent un rôle d’ancrage pour les Architectures. Dans d’autres cas, la présence d’une grille sur laquelle l’artiste, par l’apposition de formes, interrompt le motif et engendre des relations dynamiques, rappelle des expérimentations antérieures, telles les peintures noires et blanches des années 80.
Parcourrant la prolixe production de Villani, on comprend la signification de certaines références et comment l’artiste les tisse dans la matérialisation de son travail. On s’aperçoit qu’il ne s’agit pas tant de la réitération de ces sources que d’une distinction entre leur articulation.