Chorégraphie de la Révolte
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Mai 68
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Vietnam
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Guerre civile du Biafra, Nigéria, 1968
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Guerre des 6 jours, Israël, 1967
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Londonderry
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Artistes & People
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Politiques & Penseurs
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Bio

1939
8 juillet : Gilles Caron naît à Neuilly-sur-Seine.

1954
rencontre André Charlemagne Derain, fils du grand peintre fauviste, à l’Ecole anglaise de Port-Marly en Seine-et-Oise.

1958
Gilles fait un an d’études supérieures de journalisme à l’Ecole des hautes études internationales à Paris. Se rend pendant l’été en Yougoslavie, Turquie et Inde en auto-stop.

1959
Après ses études, Gilles Caron effectue son service militaire de vingt-huit mois, dont vingt-deux en Algérie, qui le marquera profondément.

1966
Gilles rejoint l’équipe fondatrice de Gamma : Raymond Depardon, Hubert Henrotte, Jean Monteux et Hugues Vassal.

1967
5-10 juin : guerre des Six-Jours : Gilles entre à Jérusalem avec l’armée israélienne puis gagne le Canal de Suez avec les forces de commandement dirigées par le général Ariel Sharon. La publication de ses images dans Paris Match fait de l’agence Gamma la première agence mondiale.
novembre et décembre : Gilles est au Vietnam notamment à Dak To, durant l’une des batailles les plus dures du conflit (colline 875).

1968
avril : Gilles Caron couvre la guerre civile au Biafra. Il se retrouve aux côtés de Don McCullin, grand rival et ami, qui travaille pour le Sunday Times Magazine de Londres. S’ensuivra un deuxième voyage en juillet avec Raymond Depardon, ainsi qu’un troisième reportage en juillet.
mai : Il couvre au quotidien les manifestations étudiantes à Paris qui ont gagné la France.

1969
août : Gilles couvre les manifestations catholiques à Londonderry et Belfast en Irlande du Nord, “The Troubles”. Quelques jours plus tard, il suit l’anniversaire de l’écrasement du Printemps de Prague en Tchécoslovaquie par les chars soviétiques.

1970
janvier-février : Gilles fait partie d’une expédition dans le Tibesti tchadien organisée par Robert Pledge, avec Raymond Depardon et Michel Honorin, pour couvrir la rébellion des Toubous contre le pouvoir central de Fort Lamy, soutenu par le gouvernement français. Tombés dans une embuscade, les journalistes sont retenus prisonniers un mois par les forces gouvernementales.
avril : Gilles se rend au Cambodge après de la déposition du prince Norodom Sihanouk par le Général Lon Nol. Le 5 avril, premier d’une vingtaine de journalistes et de coopérants de toutes nationalités, il disparaît avec deux autres français, le reporter Guy Hannoteaux et le coopérant Michel Visot. Il a 30 ans.

Expositions

2017
The Photography Show AIPAD, School Gallery, Pier 94, New York
Photo London, Somerset House, Londres
Photo Basel, School Gallery, Vôlkhauss Basel, Suisse

2016>2017
Soulèvements, exposition collective de Didi-Huberman, Jeu de Paume, Paris

2016
Paris Photo, School Gallery, Grand Palais, Paris
Photographies couleurs, Blondeau et Cie, Genève, Suisse

2015
Paris Photo, School Gallery, Grand Palais, Paris
Photo London, School Gallery, Somerset House, Londres

2012
Gilles Caron, Scrapbook, Galerie Thierry Marlat, Paris
Gilles Caron, Scrapbook, Consortium, Dijon, France

2010
Gilles Caron, Icônes, Galerie Thierry Marlat, Paris
Chefs d’oeuvres ?, Centre Pompidou, Metz, France

2009
Gilles Caron, Irlande 1969, Galerie Thierry Marlat, Paris

2008
Gilles Caron, Mai 68, Promenades photographiques de Vendôme, France
Mai 68 au jour le jour, Exposition collective, Base sous-marine de Bordeaux, France

2006
Gilles Caron, Mai 68, Promenades photographiques de Vendôme, France
Chant-Contrechant : Gilles Caron-Don McCullin 1967-1970, Rencontres Internationales de la Photographie, Arles, France

1998
Gilles Caron, mai 68, Galerie Carla Sozzani, Milan, Italie
Plutôt la vie, exposition conçue par Robert Pledge, Manufacture des Oeillets, Ivry sur Seine, France

1994
Gilles Caron 1969, commissaire Robert Pledge, 25èmes Rencontres Internationales de la Photographie, Arles, France

1993
Exposition des photos de mai 68 numérisées et colorisées par l’artiste vidéaste François Pain présentées aux côtés des tirages originaux, Fnac, Paris

1990
Hommage à Gilles Caron, Rétrospective par Charles-Henri Favrod, Musée de l’Elysée, Lausanne, Suisse

1978
Gilles Caron reportages, commissaire Jean-Claude Lemagny, Petite Galerie de la Bibliothèque Nationale, Paris

1977
Photo-journalisme, Fondation Nationale de la photographie, Festival d’automne de Paris, Musée Galliera, Paris

1970
Trois ans d’actualité photographiés par cinq grands reporters de l’agence Gamma, Henri Bureau, Gilles Caron, Raymond Depardon, Christian Simonpiétri, Hugues Vassal, Galerie Nikon, Paris

La Fondation Gilles Caron

Le sens premier de la Fondation est de donner à Gilles Caron la place qui lui revient dans l’histoire du journalisme, de l’art et de la photographie. La Fondation s’engage à dynamiser au mieux l’archivage, la divulgation et la valorisation de son oeuvre.

Le travail entrepris par la Fondation depuis sa création a pour objectif de faire connaître au public le plus large, Gilles Caron à travers son oeuvre, sa vie et son engagement. Les photos de Caron entrent aujourd’hui dans les grandes collections d’art, dans les musées, et certaines sont devenues synonymes de chef-d’œuvre.

La découverte récente d’un ensemble d’Ektachromes très peu diffusés est à l’origine du premier Cahier de la Fondation Gilles Caron, en lien direct avec son activité de recherche. Ces clichés en couleur de Gilles Caron, connu avant tout pour son travail en noir et blanc, éclairent d’un jour nouveau son rapport à la prise de vue.

Gilles Caron était un portraitiste hors norme, sachant saisir des instants de grâce ou les personnalités intimes se dévoilent, comme ce portrait de Gainsbourg et Birkin sur le tournage de Slogan …

Plus que toutes, les photos réalisées par Gilles Caron comme reporter de guerre impressionnent. Chaque photographie recèle un sens inné du cadrage, de la dramaturgie, du tempo, révélant une part de vérité de ces conflits vécus de l’intérieur, sur les champs de bataille parmi les combattants dans le feu de l’action : une vérité crue, odorante, sonore. Chaque image constitue comme une réalité augmentée, des relents de boues et de sueurs des soldats du Vietnam à l’odeur des corps calcinés du Biafra… tout est là fixé sur la pellicule, indélébile… pour témoigner de l’engagement d’un des plus grand photographe de notre temps.

Gilles Caron laisse derrière lui plus de 100 000 photographies et a marqué à tout jamais de son empreinte exceptionnelle l’histoire de la photographie de la fin des années 60.

Texts

Gilles Caron, le conflit intérieur (extrait)

Michel Poivert, 2013

Dans cet océan d’images sans destin, le photographe construit parfois une sorte de récit parallèle, il sait qu’une vue n’aura guère de chance de « passer » mais il la prend tout de même. Les conflits notamment, sont pleins de ses temps d’attente où le reporter n’accède pas au front ou bien la guerre elle-même est pleine de ces temps morts où les acteurs de l’histoire sont comme mis au repos forcé. En consultant les archives de Gilles Caron, on ne peut qu’être frappé de l’insistance et de l’exigence que le photographe montre à produire de telles images dont certaines, effectivement, « résument » une situation sans offrir au lecteur-spectateur d’indices sur l’événement. Caron a du reste toujours été favorable à une légende succincte des images – « Moi, je trouve que ça [l’image] se suffit à soi-même. Ce qu’on peut seulement raconter, c’est dans quelles circonstances ça a été fait. », car elles contiennent en elle-même une force propre : une image, fut-elle celle d’un regard, est toujours une situation en soi. (…)

Caron n’aura eu de cesse de décrire le ressenti des hommes et des femmes qu’il rencontre dans les situations de conflit. Combien de visages en plan rapproché dans ces planches contact ? Combien de personnages isolés par le cadrage ou la mise au point pour se manifester dans l’image en tant que « sujet », ici au sens photographique mais aussi philosophique du terme ?  Des centaines, des milliers, un peuple en images : Caron était obsédé par la saisie des expressions, des singularités qu’offre l’Autre. Il ne s’agit pas pour autant de simple portraits au sens du genre consacré (les identités ne nous sont pas connues) mais plutôt des études, des croquis comme on le dirait d’un dessinateur, où l’activité des personnages est avant tout celle d’une concentration, d’une attention, ou bien à l’inverse d’un abandon vers la rêverie – il s’agit de personnages absorbés. Et nous, les spectateurs, regardons ces personnages pris dans l’histoire et concentrés sur leur destin. Nous regardons des regards intérieurs. (…)

La guerre, Caron nous le fait comprendre, se fait aussi dans ces conflits si rapides, « au jugé » pour reprendre cette expression qui dit bien que le regard se performe en une action. (…)

Les figures isolées de combattants sont nombreuses dans l’œuvre de Caron. Elles sont le fruit d’une quête. Toutes les images n’ont pas une force identique mais le photographe façonne par tentatives répétées – comme le montrent des séquences d’images autour d’un même personnage – une figure singulière. Il ne s’agit pas ici de saisir une occasion comme le commande l’image d’action, mais bien de réfléchir un sujet. Le soldat isolé est traité selon une variation d’attitudes, le jeu peut porter sur l’échelle (être minuscule dans une nature immense) et signifie ainsi l’incertitude  de son destin, ou sur l’expression indécise du regard comme celle du combattant harassé au Biafra, faisant remonter en lui la part d’humanité que l’histoire lui commande de refouler. Le soldat isolé peut être encore un visage enserré par le cadre formé par une ouverture comme dans une vue couleur d’un train sud-vietnamien, où le visage dans l’ombre à demi semble surgir d’une meurtrière. Et ailleurs, en buste comme les soldats biafrais portant leurs munitions sur leur tête, le regard exprime un sentiment indéfinissable de défi et de tristesse mêlés. Ou bien dans les rues de LondonDerry, en plein incendie, un soldat britannique est saisi en plan rapproché, le regard comme absent – ailleurs, dirait-on, quand tout alors nécessite une pleine conscience du danger. (…)

On ne peut comprendre l’œuvre de Gilles Caron sans revenir à l’expérience de la guerre d’Algérie et des réflexions que lui inspire la situation de combattant puis d’insoumis, son « chemin de la liberté » commence réellement au seuil des années 1960, face au pire que représentent les viols, la torture et les assassinats commis au nom de l’Etat et leur refus, le courage de leur refus et l’acceptation du statut de prisonnier et bientôt de balayeur des rues d’Alger. Revenir à la condition sociale la plus mineure dans le bonheur de la redécouverte de la paix constitue le chemin inverse de l’héroïsme. La tourmente existentielle de Caron, son expérience de crise pourrai-ton dire, a bien été celle de la tentation de la désertion qui culmine à l’automne 1960 et son renoncement. (…)

Mais Gilles Caron au milieu des années 1960 a muri, la guerre d’Algérie et le choix de l’insoumission comme renoncement au geste romanesque de la désertion l’emmène vers d’autres horizons. Certes, lorsqu’il croise à chaque fois le regard intérieur des soldats il revoit une part de lui-même, mais il semble avoir compris que d’autres regards, en dehors de lui-même, contiennent des enjeux plus politiques et tout aussi universels : les visages et les regards des populations civiles.