Déplacemeent vers la gauche

Pascal Bauer
Objets d'égos
Sculptures, photographies
2 juin > 7 juillet 2012

Avant Première
Spring Pop Up School Gallery
Bruxelles  15 mai > 31 mai

Un homme un peu gras, pas tout jeune, le regard anguleux, a enfin trouvé derrière, ce qu’il voulait devant. Si ses cheveux ont pris la fuite, un fier catogan lui a poussé dans le dos. Et l’appendice en bois, inébranlable et si ferme, harponné au bassin du monsieur par une ceinture en cuir, sort raide et arqué de son siège. Cette prothèse fessière, illusion d’un bon charpentage, creuse en sa saillie, toute l’épaisseur de son ânerie. Avoir un gros machin, reste pour certains et même pour la plupart, l’apanage des gros bras. Voilà. Les mâles tiennent en général à leur mat.

Pascal Bauer, avec sa collection d’objets d’égos, remet les choses à leur place. Qu’il renverse ici les virilités trop aiguisées ou qu’il taquine et pince-sans-rire ceux qui ne veulent pas regarder leur sottise à l’endroit, il fabrique à l’aide d’appareillages incongrus, un genre de résistance à la dilapidation de l’intelligence. Si les prothèses pallient par définition les manques, une défaillance, une absence, celles-ci rehaussent les défauts, poussent au prosélytisme de l’idiotie courante et théâtralisent les grotesqueries et les simagrées de tous les « moi je Â».

« Moi je suis un rebelle Â». Un post adolescent à la chevelure bavarde porte des charentaises à carreaux, un slip noir et un t-shirt du Che, figure révolutionnaire s’il en est, devenue illustration accablante d’un racolage marchant international. Le garçon pantouflard pose, l’air plutôt satisfait, cambrure légère, aux côté de sa machine narcissique : un aspirateur des années 50 recouvert d’une fourrure de loup et monté d’un fusil. La victoire semble héroïque à voir les manières du frondeur de la poussière mais la proie était facile : quelques miettes et les cendres d’une révolte qui n’était pas la sienne.

« Moi j’ai réussi Â». Un homme est à genou, un masque blanc, intérieur rouge, allonge son visage comme un tube, une sonde, un museau. Il parle avec ses mains, un peu vendeur dans les gestes. Ses yeux regardent mais ne voient rien. Il est à terre dans le voile de sa mascarade et de son costume cravate.

Pascal Bauer crée des objets haut de gamme, à la finition parfaite, au design raffiné, pour démontrer par l’absurde, l’inanité de certains comportements, gesticulations ou contorsions auxquels les hommes sont tentés de succomber. Avec autant d’humour que de colère, autant d’intranquilité que de dérision, l’artiste raconte, à travers ces étranges accessoires et les photos qui les accompagnent, le monde par ses petites faiblesses et ses grandes violences. Si au fond, certains de ses instruments discutent métaphysique, leur forme et leur mise en situation, se révèlent être les substrats d’une société ulcérée, dont le cynisme est le seul chemin.

Une femme porte dans ses bras un zeppelin rose bonbon. Un appendice, le même que celui des bandes-dessinées, relie à sa bouche le ballon long et la phrase qui sur lui est gravée : enfin un être humain ! Ce qui ne sort pas du condom a, il est certain, toutes les chances de ne pas vivre et surtout de ne pas devenir. 

Un objet d’égo plus loin, un missile se termine par un gourdin préhistorique comme l’allégorie d’une frise chronologique des champs de batailles. Si la guerre a inventé ses armes, c’est bien l’homme qui a inventé la guerre. « Croire au progrès, cela ne signifie pas croire qu’un progrès a déjà eu lieu. Sinon ce ne serait pas une croyance Â» disait Franz Kafka.

Enfin, sur une pierre tombale de marbre blanc, prolongée par une flèche appelant des voix, gît un aphorisme en forme de sentence et de conclusion : « nous sommes bien les plus intelligents puis que nous sommes là. Â» Le rire qui se déclenche est encore ici, celui de l’esprit.

Julie Estève, mars 2012

 

 

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Communiqué Presse

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