Objets d’égo
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Concepts
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Corps
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Bio

Né en 1959 à Tuléar, Madagascar
Vit et travaille à Paris

Collections publiques

Fond National d’Art Contemporain
Guggenheim Museum, New York
VIA-Centre Georges Pompidou, Paris

Bourses

Aide à la première exposition FIACRE 1995
Bourse du FIACRE 2003
VIA : 1997,1998, 2000, 2001, 2005
CRIT 2005

Expositions personnelles

2012
School Gallery Paris

2011
Pas de photographe, La Capsule, Le Bourget

2010
School Gallery Paris

1995
VIA, Paris

1996
Galerie Gastaud, Paris

Expositions collectives (sélection musées)

30 ans du VIA, Centre Georges Pompidou, Paris
Musée des arts décoratifs, Paris
Musée de la Poste, Paris
Kunstgerwerber Museum, Berlin
Musée des arts décoratifs, Turin
Victoria & Albert Museum, Londres
Musée des arts décoratifs, Helsinki
Kunstintustri Museet, Oslo
Cooper Hewitt Museum, New York
Guggenheim Museum, New York
Modern Art Museum, Tel-Aviv
Musée des arts décoratifs, Hiroshima
Musée des arts décoratifs, Montréal
Centre de Design de Montréal

Expositions collectives (sélection événements)

Off de la FIAC, CHIC Artfair, Cité de la Mode et du Design, School Gallery
Biennale du design de Saint-Etienne
Capitales européennes du nouveau design, Beaubourg, Paris
L’école Française du 20ème siècle,salon du meuble de Paris
« Les créateurs font un carton », musée de la poste, Paris
Décoration de l’imaginaire, VIA, Paris
Avant-première 89, la Villette
Edition de nuit, Paris
Flammes et fumées, galerie Seita, Paris
Avant-garde design aus Frankreich, Cologne
Abitare il Tempo, Vérone.
Conran & Harrod’s, Londres
Artek, Helsinki
Asbsek, Copenhague.
Artifort, Maastrich
Alfeo, Tokyo
Bloomingdale’s & design 21, New York
Broadway, Los Angeles.
Centre cuIturel d’Athènes
Créacité, Tours
European Interior Design Exhibition, Chicago
Furniture of the Twenty century, New York
Ilums Bolighus, Copenhague
Limn, San Fransisco
Les nouveaux Ornementalistes, expo itinérante dans les pays de l’Est
Miroir du siècle, Grand Palais, Paris
VIA, Première Vision, SAAD, Nuit de l’ange, Paris
Paris-Milan, Intramuros, Milan
Objets de l’éphémère, Rennes – SNAI, Lilles
Les journées du Design, Bordeaux
Lumières, chateau de Kerjean – Tandems, Romans
Luci Di Serra, Milan
Marshall Field’s, New York
Nest et Seibu, Tokyo
Opération Diderot, Etats Unis
Pesch, Cologne
Vincon, Barcelone

Bibliographie & publications (sélection)

Contemporary details
Wohnen mit gutem design. Rita Neiminger/Gunter Bulz, ed. Hatje.
Design d’Aujourd’hui. Christine Colin, ed. Flammarion
Nouveau Design de la Table. Brigitte Fitoussi, ed. Hazan
Les Nouveaux Ornementalistes. Brice D’Antras
Les cahiers du luminaire. VIA, GIL
Références : 1989, 1990, 1991. Marie Pierre Sensey, ed MAD/CAP
Progetti e Territor’ 92 Arsenale et Editrice
Décoration de l’imaginaire. VIA, Michel Aveline Editeur

Collaborations et Editeurs

Breitling
Conseil Général d’Iles et Vilaine
Conseil Régional de Bretagne
Direction des Arts Plastiques
DRAC région Bretagne
EDF
Ministère de la Culture
Nina Ricci
Padco-Bleinheim
Sephora
Sonacotra (JO. 92)
Tag heuer
UGAP
VIA
Ville de Fougères
Ville de Mérignac
Ville de Quimper
Ville de Rennes
Département de la Nièvre
Gau, Greenage, Hoffmann, Leon, Pallucco, Sedap, Sintesi, Sturm, Totema, Ycam

Texts

L'artiste en ironiste

Raphaël Cuir, mars 2013

L’œuvre de Pascal Bauer pose un regard lucide sur un monde dont les modèles, en particulier masculins, sont pour le moins vacillants. Elle tire largement sa force de l’ironie « mortelle aux illusions », et si elle recourt amplement à l’autoportrait c’est encore avec l’ironie qui délivre « de l’adoration de soi-même ». Pascal Bauer s’attaque volontiers aux stéréotypes comme à nos conditionnements à travers des œuvres dont le propos est généralement nuancé par « l’ironie humoresque » : « elle est toujours humble à quelque degré ; elle est sans aigreur et pacifie, par une médiation conciliante, les cruelles antithèses du sarcasme ».

L’ironie passe souvent par l’hybridation. L’hybridation est une des méthodes de création de Pascal Bauer propre à nombre d’artistes contemporains, comme Los Carpinteros, Jake et Dinos Chapman, Rudi Mantofani, Pascale Marthine Tayou, Stéphane Thidet, Sisley Xhafa pour n’en mentionner que quelques uns. Elargissement métaphorique de l’hybridation biologique, l’hybridation culturelle est généralement une hybridation des catégories. Elle mêle l’hétérogène et joue de la force de contraste de l’oxymore, qu’elle lisse et apaise dans l’homogénéité de l’œuvre. La sculpture de Pascal Bauer, Deep Captive, associe deux armes, un missile et une massue. L’hybridation des matières, l’aluminium, le bois, le silex, l’inox (en soi une prouesse technique), exprime remarquablement l’hybridation des époques dans cette ellipse temporelle qui réunit en un même objet le temps préhistorique et le temps contemporain, comme si l’homme des cavernes côtoyait les missiles à tête chercheuse ; toute l’histoire de l’instinct guerrier des hommes se condense en un seul objet. La force visuelle de l’œuvre, comparable à celle du slogan, tient de l’économie et de la densité propre à l’ellipse rhétorique.

Le principal attribut du Che Guevara de salon (A nos grands hommes) est encore un objet hybride, objet d’égo très étonnant, qui hésite entre l’animal vivant, le trophée de chasse, l’électroménager et l’arme à feu. L’aspirateur hybridé souligne le ridicule des aspirations de ce héros de pacotille en charentaises, que l’on imagine peu conscient des implications de son adhésion à un modèle vidé de sens par la logique mercantile qui multiplie systématiquement son image sur tout support.

Les objets d’égo de Pascal Bauer fonctionnent souvent comme des prothèses encombrantes et confinant à l’absurde, par lesquelles le corps se trouve plus empêtré qu’augmenté. Ils sont, pour la plupart, ironiques, ils renvoient à une approche capitaliste mercantile du corps « s’il est investi, observait Jean Baudrillard, c’est pour le faire fructifier », quitte évidemment à créer à cet effet des désirs superflus et leur obsessions corolaires, comme celle de la « virilité/féminité ». Ainsi Tuning est conçue à partir d’un embout de pot d’échappement chromé, le titre renvoyant à une pratique très mâle et obsessive de fétichisation de l’automobile par sa personnalisation. Arboré fièrement par un personnage qui prend des poses ridicules, le cache-sexe qui en exhibe la présence ironise sur l’affirmation clichée des attributs masculins, y compris quand l’œuvre est présentée sous sa « cloche de mariée en verre » comme le précise ironiquement la légende de l’œuvre. Elle peut être rapprochée de l’appendice censé permettre de s’asseoir et qui ajoute une queue à celui qui le porte debout, comme on le voit avec le grassouillet et arrogant modèle d’Un moment de détente.

Privilégiant la figure de l’anti-héros, jouant volontiers de l’autodérision, l’œuvre de Pascal Bauer interprète avec humour quelques figures mythiques. Mon berger peut être vu comme un ironique portrait d’artiste. Dans leur ouvrage sur la légende de l’artiste, Ernst Kris et Otto Kurz rappellent qu’« il est constant que des artistes singuliers soient associés à la condition de berger ». À partir de l’exemple de Giotto et de bien d’autres artistes les auteurs invitent à se souvenir « du rôle attribué à ce métier dans la pensée mythique, de l’image du héros en berger et de la tradition selon laquelle les bergers recueillent et élèvent de jeunes garçons abandonnés, appelés à être des héros ». Le berger est à la fois celui qui deviendra un héros de l’art – Giotto est encore un tout jeune berger quand il est découvert par Cimabue – et celui qui les identifie. Avec son gilet en peau de chèvre équipé d’un bouquet d’antennes, le berger-artiste de Pascal Bauer est un communiquant par excellence, il est hyper connecté, prêt à découvrir les meilleurs talents avant tout le monde.

La vidéo Le vol évoque inévitablement le mythe d’Icare, car « l’ironiste prend de l’altitude et se donne des panoramas d’aéronaute ». Si on considère que l’artiste prête son apparence à cet Icare, entre vol, chute libre et saut dans le vide (allusion à celui d’Yves Klein), on peut établir une relation à la série des objets d’égo, et y voir une réflexion implicite sur les risques de l’excès d’égo. L’installation rappelle également que Dédale est le mythique ancêtre de l’art grec. Il incarne la technè que Pascal Bauer maîtrise lui-même si bien pour donner forme à ses œuvres. Dédale est aussi celui qui avait la réputation d’animer ses créations, s’il est l’ancêtre des sculpteurs, l’animation de l’œuvre pourrait en faire l’ancêtre de l’art vidéo. Qui plus est, la vidéo est généralement un objet dans l’œuvre de Pascal Bauer, la projection est principalement métaphorique.

C’est flagrant avec La Foule, qui existe aussi sous une forme réduite (tel un prototype) intitulée Petit marcheur (2009). L’autoportrait de Pascal Bauer sert ici avant tout à suggérer l’idée générique d’être humain. Cette boucle vidéo d’un homme nu qui marche sur fond blanc, l’écran se déplaçant lui-même sur une imposante poutre métallique, cette marche infiniment répétée – même si cet homme ne pousse aucun fardeau – évoque la figure universelle de Sisyphe. Ne sommes-nous pas tous des Sisyphe répétant chaque jour combien de gestes identiques ?

Sisyphe aussi le taureau virtuel de l’installation vidéo Le Cercle. Il va et vient, s’arrête, repart en décrivant toujours, de manière aléatoire, le même cercle qui se creuse dans le sol, inscrivant la trace durable de sa présence obsédante. Il semble pris au piège et la technologie qui le met en mouvement. Elle est l’inquiétante expression des systèmes de contrôle. Mais il y a encore de l’espoir, il faut juste, avec Albert Camus, « imaginer Sisyphe heureux ».

« […] Sisyphe enseigne la fidélité supérieure qui nie les dieux et soulève les rochers ». Sur la voûte de pierre de la chapelle du musée d’art et d’histoire de Saint-Denis, le buste géant de l’artiste, répété trois fois, se prosterne – il s’incline d’avant en arrière, infiniment – se cognant la tête contre un mur que nous ne voyons pas, peut-être celui de l’obscurantisme et des croyances qui bornent les horizons ? Tous des Sisyphe, que sauve l’ironie : « c’est l’optimisme du pessimisme ».

De l'animal-machine à la machine-écran

Anne-Marie Morice

Pascal Bauer donne chaleur, présence et matérialité à l’ère contemporaine avec des formes  originales, fortes, impressionnantes, foisonnantes de créativité, conçues dans leur moindre détail.

La singularité de ses propositions tient à la virtuosité avec laquelle il croise des compétences, des matériaux, des techniques pour les mettre au service d’idées fulgurantes et profondes qui se matérialisent en images, mouvements, sons, objets.

Ce qu’on retient d’abord dans cette riche diversité, c’est la liberté sans bornes avec laquelle il s’empare de sujets graves et de techniques complexes, c’est sa capacité à faire sens. Ces images, fixes ou en mouvement, nous saisissent, frappent nos esprits par leur vivacité et leur audace tout en gardant leur part de mystère qui nous mène à la réflexion.

L’ œuvre ludique au premier abord, ne cesse de se complexifier dans une approche plus resserrée. Les créations dialoguent et transmettent parfois jusqu’à l’absurde une revigorante critique des relations entre l’homme, ses objets, ses projections, et sa mise en liberté surveillée par les technologies. Leurs dimensions politique et philosophique font appel à un humour corrosif qui explore les facettes de la dépendance et la part de douce folie égocentrique qu’il nous faut assumer pour vivre.

Ses portraits et autoportraits expriment aussi la tragédie de la perte d’une autonomie, renvoyée à un âge archaïque; que ce soit pour des raisons historiques, matérielles, psychologiques ou intellectuelles. Le corps, principalement, est exposé dans sa fragilité, et très souvent dans sa nudité intégrale, enchâssé dans des machines-écrans, mécaniques complexes auxquelles il se plie.

La série des objets d’ego pose avec humour et intensité la question de notre aliénation qui grignote peu à peu la curiosité et mène de l’inconscience à l’inconsistance au point de perdre la signification profonde des choses. Ainsi, sur l’échelle des sens, Pascal Bauer convie le plus ancien, l’odeur,  dans l’image frappante d’un homme à genoux vêtu avec cette élégance fluide et décontractée qui caractérise nos icônes contemporaines, mais muni d’un  masque-appendice nasal. Prothèse qu’il a créée avec autant de soin que d’ironie pour ceux qui n’ont plus la capacité à redevenir  par eux-mêmes animal.

Avec ses machines-écrans, Pascal Bauer construit des dispositifs de vision dotés de mouvement synchronisés à l’image vidéo.  Ainsi la pièce intitulée Le marcheur ou La foule présente son autoportrait, diffusé en pied sur un écran plasma, et qui, par sa marche, commande le déplacement de l’écran le long d’un rail.

Le Cercle renforce l’expérience de synchronicité. Le sujet, un taureau de combat grandeur nature piaffe d’impatience, s’ébroue, s’immobilise, change de direction. La machine impressionnante, un véhicule monté sur trois roues, obéit à chacun des choix de l’animal filmé et entraîne le grand écran dans la nouvelle direction. Une double lecture s’impose alors : l’animal maîtrise la machine, mais l’animal est également cadré, traité, transfomé, puis encadré par les bords de l’écran. Si bien que l’image est à la fois  maîtrisée et maîtrisante alors que le spectateur doit courir derrière elle pour suivre la scène .

Ainsi dans l’univers créé par Pascal Bauer, les animaux-machines synchronisent les machines-écrans et nous donnent à penser combien est fluctuante l’articulation entre sujet et objet.

 L’homme a toujours postulé que les machines ne peuvent fonctionner seules, en célibataires, qu’elles sont programmées par lui pour remplir des fonctions qu’il leur assigne. Mais dès lors que l’artifice fait partie du vivant, que la technologie prolonge le corps, on ne sait plus qui dépend de l’autre.

L’univers de l’artiste évoque la condition de l’animal de plus en plus perçu, dans notre époque zootechnique, comme une machine qu’on peut démonter et utiliser pièce par pièce. On pense à la fameuse théorie des animaux machines célèbre thèse de Descartes que la philosophe Catherine Larrère1 a proposé de relire non pas de façon essentialiste mais en la confrontant aux relations que nous avons construites entre la technique et le vivant.

Certes, ayant poursuivi notre projet de rationnalisation, la domestication des animaux va jusqu’à la prise en compte comptable de leur  protéines fabriquées dans les élevages industriels. Et en même temps nous sommes de plus en plus encadrés, pilotés, gérés par des technosystèmes qui ne modifient sans doute pas notre essence mais disciplinent fortement notre vécu.

Ainsi alors que nous vacillons et oscillons dans tant d’ incertitudes,  Pascal Bauer construit un univers en adéquation avec la  réactualisation du mot démiurge. En effet, le dieu artisan qui créait le monde à partir de la glaise est en train de céder la place au designer du vivant, qui  jongle avec les tubes à essai et les supercalculateurs. Toutefois la nature n’est pas soluble dans la technocratie, et ce qui reste de ce choc tellurique c’est un état de fragilité qui nous relie à tous les sens du mot humain. Et cette vulnérabilité, ce roi nu profondément révolté, est l’un des sujets fondamentaux de l’oeuvre de Pascal Bauer.

Press

Le Cercle de Pascal Bauer

Le Figaroscope, mai 2014

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Pascal Bauer, musée d'art et d'histoire

Raphaël Cuir, Art Press, n° 399, avril 2013

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