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À bas les cieux

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Un ring en suspension, aérien, moelleux et molletonné. Des gants de boxes, des punching ball enveloppés, camouflés dans des tapis orientaux, pendent au bout de cordes précaires. A bas les cieux nous dit l’artiste, qui infiltre dans ses titres, des messages, des indices, un présage.

A bas/abas. Un espace seulement, un simple blanc, sépare la colère de la mort. Une lutte entre un champ de rage et un champ de viande. Le bœuf écorché de Rembrandt cogne notre esprit au premier round. La force symbolique du tapis vaincra au second : intimité, recueillement, quiétude. En somme, si la matière invite à l’intériorité, à la sagesse, le display, lui, figure et ordonne la bataille. L’installation contient le trouble, enferme des émotions antinomiques de l’ordre d’une chaleureuse douleur, d’une souffrance conviviale. A partager, ou à combattre. Naji Kamouche nous met au défi de faire un choix, entre la caresse et la frappe. Ses sacs et ses gants « de velours » sont pleins, de révoltes, de fièvre, de kilos de haine, d’uppercuts et de commotions. Invisibles au regard. Apparents à l’âme. Il manque les corps, les traces, les sueurs, les empreintes de l’effort, absents du dispositif. Hors champ. L’œuvre ne dit rien d’autre que ce qu’elle cache, que ce qu’elle nie : le bruit, les cris, le mouvement, les victoires ou les KO et puis les soupirs. Taper contre, donner des coups, faire raisonner les passions et puis se perdre. Dans l’épuisement, la fatigue, à l’image de ces boudins en tapis, lourds, chargés du poids des succès ou des revers. Au sol, git une paire de gants, tombée du ciel, tombée du ring. Une déclaration par forfait ou une exhortation à les enfiler ?

Kamouche imagine des territoires, des régions psychiques, des zones de méditation. Ses installations « entapissées » créent un temps d’arrêt, un état de pause, de silence, de réflexion presque métaphysique sur le monde, sa vitesse, les luttes et les rages humaines, leurs humeurs ou même la place de dieu, en filigrane. Le tapis oriental, s’il est directement lié à la culture arabe, intègre l’universel, le routinier. L’objet est purgé de son usage premier, Kamouche n’en garde que sa charge affective, son quotient émotionnel, sa puissance narrative. C’est la maison, le domestique, le familier ou la prière, peut être. A chacun de choisir, d’y voir ce qu’il sent. Ses œuvres ne se contemplent pas. Elles se vivent. Dans l’impact et la confusion. Elles demandent à celui qui les regarde, un effort, celui d’une expérience. Intime.

Julie Estève, décembre 2009

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