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Almost Ready-Made

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Almost Ready-Made est le nom générique d’une série d’oeuvres qui naît de l’irrésistible envie qu’a Villani de rire de l’art tout en le prenant absolument au sérieux. On y trouve notamment ses assemblages drolatiques d’Oiseaux, conçus par un processus d’intervention minimale sur des ustensiles domestiques récupérés. S’ils semblent jurer avec le reste de ses œuvres, particulièrement sa production picturale, c’est parce que ces objets incarnent la fragmentation cultivée par l’artiste.

Les Oiseaux se réfèrent à une genèse, ou du moins à sa recherche. Ils tentent de renouer avec l’engagement initial de l’artiste dans la voie de la création pendant son enfance : le plaisir de la construction de jouets et d’objets dans les ateliers de la ferme de son père, à partir de tout ce qui lui tombait sous la main.

Ils émergent donc comme la quête de la source de l’élan artistique, bien qu’à l’origine ces balbutiements n’étaient pas des œuvres d’art à proprement parler. Et pourtant si, car l’origine ne trouve sa justification qu’à travers la répétition de ses copies – et par là même est destinée à se disperser, à disparaître.

Chronologiquement, les Oiseaux de Villani deviennent des Almost ready-mades au moment où Julio devient un « Almost French artist », un artiste presque français. Ils doivent autant à la tradition artisanale populaire brésilienne, qui improvise et transforme l’ordinaire en extraordinaire, qu’à son nouveau milieu culturel ; les joyeux assemblages éclosent fréquemment d’ustensiles culinaires chinés dans les marchés aux puces parisiens. Villani affirme que ce n’est pas lui qui impose ces nouvelles identités aux objets, mais qu’ils les lui dictent eux-mêmes. Ce procédé, avec lequel nous pouvons nous identifier collectivement, est au moins aussi ancien que Léonard de Vinci, qui distinguait des chevaux de bataille dans les traces d’humidité sur les murs. Les Oiseaux évoquent ainsi également les œuvres d’artistes tels que Brancusi, Meret Oppenhein, Calder et Picasso. En d’autres termes, la démarche rappelle l’esprit dada de récupération et de son irrévérente transformation de sérieux repères culturels en des objets joyeux et joueurs, chargés d’ironie et d’humour.

Dans d’autres assemblages de la série, Villani établit des connexions plus directes entre les jouets et l’héritage de l’Histoire de l’Art.

Venus Anthropophage transforme une poupée plastique fabriquée en masse en un totem moderne. Dans son célèbre Manifeste Anthropophage de 1928, le poète moderniste Oswald de Andrade assimilait la condition du Brésilien moderne à celle des Tupi Guarani, Indiens cannibales qui dévoraient les colonisateurs Portugais, illustrant ainsi la manière par laquelle la culture européenne pouvait être irrévérencieusement accommodée, déformée, moquée ou rejetée. De Andrade démontrait un sens d’identité nationale particulièrement ironique ou paradoxal, exemplifié par sa parodie du Hamlet de Shakespeare dans ce qui deviendrait la clef de voûte du Manifeste : ‘Tupi or not Tupi, that is the question’ [i].

Le poète proclamait que l’anthropophagie était l’ingestion de l’ennemi sacré de manière à, selon Freud, le métamorphoser de tabou en totem.

De même que le Totem et tabou de Freud condense notre psyché collective primordiale dans le  cas unique d’un patient, Villani présente une singulière Vénus, construite à partir d’une multitude de petites figurines avalées, qui à leur tour confèrent à la poupée son caractère totémique.

La Vénus se présente ainsi comme manifeste de son élan créatif, évoquant le singulier à travers le collectif.

Ce qui émane de ces joyeux objets est en fait la démarche caractéristique de l’œuvre de Villani tout entière, qui consiste à ramener au même plan différentes formes de mémoire, tissant le subjectif au collectif, les particularismes culturels aux grands chapitres de l’Histoire de l’Art.

[i] Le critique littéraire Roberto Schwarz note que le Manifeste est à l’image des contradictions qu’il cherchait à résoudre. D’où le recours à une citation en langue anglaise, irrévérencieusement disloquée, pour exprimer la quête de l’identité nationale

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