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The 770 : Lubavitchs Of Brooklyn

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The 770 : Lubavitchs Of Brooklyn

 

Ces temps-ci, il pleut à verse. Il pleut des phrases abjectes, imbéciles, terrifiantes. Partout. Elles sont partout. Yvan Attal a raison. « Il n’y a pas point de petite haine. La haine est toujours énorme. Elle conserve sa stature dans le plus petit être et reste monstre. Une haine est toute la haine. » (Victor Hugo).

Pour combattre l’antisémitisme, sa désinhibition crasse et fiérote - car ces temps-ci, certains sont devenus si fiers de leur haine qu’ils la revendiquent, la crient sur tous les toits, la déversent sur la toile comme s’ils n’avaient plus rien d’autre que ça pour se remplir ou exister -, pour tordre le cou aux regards obliques et torves, aux paroles ignorantes, aux préjugés ou aux fantasmes sombres qui se posent sur les juifs et qui s’accrochent à eux comme une tique sur le dos d’un chat, il existe quelque chose dont seuls les hommes sont capables : l’humour. Et lorsque l’on cherche dans le dictionnaire un synonyme de ce mot, voici ce que l’on trouve : dérision, esprit, fantaisie, gaieté, ironie, plaisanterie, sel et verve. Une foule de noms qui racontent et embrassent la série de photographies de Sacha Golberger sur les Loubavitchs de Brooklyn à New-York, exposée du 15 juin au 19 juillet à la mairie du quatrième arrondissement de Paris.

« Avec Ben Bensimon mon co-auteur, précise l’artiste, nous avions envie de montrer une autre vision du judaïsme, dans une période où la parole antisémite redevient banale. Par ces images, nous avons voulu poser sur la religion juive, un regard positif, poétique, spirituel et humoristique, une façon de lutter contre les idées reçues. En photographiant ces femmes et ces hommes objets de tant de préjugés, nous avons pu observer leur capacité à l’autodérision et leur aptitude à faire partager leur joie. »

Les hommes en noir qui portent des chapeaux s’amusent devant l’objectif de Sacha Golberger, à coincer leurs longues barbes dans les portes d’entrée ou de voiture, une pile de livres entre les mains grosse comme une montagne, assis s’instruisant sur la machine à laver d’un lavomatic, ils s’amusent campés sur une mobylette, perchés priant sur un poteau, une poubelle de rue, un feu de signalisation, ils s’amusent avec un masque de Batman sur la tête. A travers ces images, ce que l’on voit, c’est l’amour, la joie, le plaisir, la foi, la connaissance et la passion de la transmission. C’est drôle, c’est émouvant. Et cette fois, ici, c’est le sourire qui gagne.

Julie Estève, juin 2016

A propos de la série par Sacha Goldberger

Aujourd’hui, aux yeux d’une grande majorité de non-juifs, les juifs orthodoxes symbolisent le juif par défaut. A l’opposé, pour une grande partie de la communauté juive, les orthodoxes représentent une pratique religieuse obscure, extrême, voire même sectaire. Le plus souvent, le regard porté sur ces « hommes en noir » est méfiant. L’ignorance à propos des différents courants orthodoxes juifs et de leurs pratiques respectives, fausse la perception et alimente le fantasme.

Le courant Loubavitch se différencie pourtant très nettement des autres mouvements orthodoxes, de par son ouverture au monde extérieur, sa volonté marquée de respecter les commandements du Très-Haut, dans un esprit de joie, de ferveur, de partage et de don de soi.

Le 770, à Brooklyn, New York, est le lieu emblématique de cette grande famille. C’est le centre mondial des activités de la communauté.

C’est là que se trouve la synagogue du grand Rabbi Mena’hem Mendel Schneerson, le guide spirituel du mouvement, mort en 2002 et qui n’a pas été remplacé depuis.

Pour faire ces deux séries de photos, le choix de ce lieu était donc logique.

Avec Ben Bensimon mon co-auteur, nous avions envie de montrer une autre vision du judaïsme, dans une période où la parole antisémite redevient presque banale. Par ces images nous avons voulu poser sur la religion juive un regard positif, poétique, spirituel et parfois humoristique, une façon de lutter contre les idées reçues…

En photographiant ces femmes et ces hommes objets de tant de préjugés, nous avons pu observer leur capacité à l’auto-dérision et leur aptitude à faire partager leur joie.

Cette série  a été réalisée en argentique noir et blanc. Les photos sont tirées de façon traditionnelle à la main dans une chambre noire.

En traitant des différentes pratiques telles que la prière, la kippa, la tsedaka, la mezouza, les téfilin, la famille, la transmission ou encore le rapport au livre chez les Loubavitchs de Brooklyn, nous avons essayé de parler de la religion juive en général.

Certaines images parlent plus spécifiquement des traditions Loubavitchs telles que le port du chapeau, l’omniprésence du Rabbi, la barbe...

Cette série de 35 clichés décalés reflète la ferveur et la fantaisie qui émanent d’eux.

« Une petite étincelle de lumière est capable de repousser beaucoup d’obscurité » dit le Talmud, et ce dernier semble entendre par là qu’entre la lumière et l’obscurité, il n’y a pas de combat, pas de lutte…

L’obscurité cède simplement devant la lumière, si petite soit-elle.

Sacha Goldberger

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