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Docteur Peste

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Docteur Peste est de retour

Série Photographique de Stephan GLADIEU réalisée en mars-avril 2020 à Paris durant le confinement

Au XVIIe siècle, face au fléau de la peste bubonique, le premier médecin de Louis XIII façonne un costume protecteur lui permettant de soigner les malades tout en gardant ses distances. Ce costume de « Docteur Peste » se veut immédiatement reconnaissable de tous comme une figure d’autorité et de savoir.

Imaginé par le docteur Charles de Lorme en 1619, il se compose d’une culotte de peau et de bottines en cuir, d’une grande cape surmontée d’un plastron couvrant jusqu’aux épaules, de gants, chapeau et lunettes et d’un masque rehaussé d’un nez exubérant en forme de bec - rempli d’herbes aromatiques et médicinales - dont la longueur devait permettre à l’air d’être purifié avant d’atteindre le système respiratoire des soignants. Le Docteur Peste ne se déplaçait pas sans son bâton qui lui permettait de toucher les malades, riches ou pauvres, de loin…

A l’époque, on ne connaît pas le mode de transmission de la peste qui ravage l’Europe tout entière. Avec son costume emblématique, le Docteur Peste devient l’unique rempart contre la maladie partout où la peste se répand. Aujourd’hui encore, il est une figure classique de la commedia dell’arte et des carnavals européens.

Ainsi, de menaçant au premier coup d’œil, le personnage de Docteur Peste s’est imposé comme le symbole de l’espoir : l’espoir de la vie face à la mort, l’espoir du savoir face à l’ignorance, l’espoir du dévouement des médecins face à l’impossible.

J’ai voulu faire revenir le Docteur Peste à Paris, en pleine crise du Covid-19, pour nous faire réfléchir sur notre époque et sur les limites de nos comportements dont on mesure, un peu mieux je l’espère, l’absurdité après quelques semaines de confinement causant dépollution et déconsommation : notre désinvolture à détruire la nature, à piller la terre, à surconsommer et à discréditer tout à la fois l’immobilisme et le volontarisme des institutions.

Dans ce Paris vide que je lui ai offert en décor contemporain, il incarne celui qui vient nous bousculer, pulvériser nos certitudes, nous mettre face à nos contradictions et nous rappeler nous ne pouvons ni tout maitriser, ni refuser la mort.

Les pandémies ont toujours déstructuré les sociétés parce qu’elles les mettent à nu, révélant leurs dérives, craquelant leurs failles. Aujourd’hui, la sagesse de la plupart des démocraties a été de s’en remettre aux sachants, aux médecins et comités scientifiques, pour décider de la marche à suivre collectivement pour se protéger les uns les autres et s’offrir un demain ensemble. J’y vois un hommage puissant et sage à ce cher Docteur Peste qui autrefois risqua sa vie pour sauver celle des autres. Mort à 90 ans, une longévité hors norme pour l’époque, il compte parmi ceux qui ont contribué à éradiquer le fléau de la peste noire en France.

Face à la fragilité de la vie et à l’imprévu de la mort, le politique a souverainement fait le choix entre prospérité économique et santé citoyenne en replaçant le Médecin dans son rôle de référent central de notre société moderne. Faisons leur confiance et restons chacun chez soi.

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