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Happy Days

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Né en 1946, Ricardo Bloch a  exposé en France pour la première fois en 2008 à l’invitation d’Olivier Castaing, Directeur artistique de la School Gallery. Cette série, à l’exception d’une dizaine de photos n’avait jamais fait l’objet d’une impression et cette exposition fut une révélation pour le photographe lui même qui découvrit 30 ans après ce travail en print. Installé en France ou il vit depuis quelques années, il a eu une période très remarquée  aux Etats-Unis, où il est présent dans de nombreuses collections publiques et où il a remporté de nombreux prix.

La modestie qui le caractérise peu expliquer en grande partie cette longue parenthèse et la quasi confidentialité de son œuvre. On retrouve cette distanciation dans cette série inédite de photographies, où  il établit une connivence faite de retenue et de spontanéité, de légèreté et de gravité à la fois, plaçant le sujet dans un jeu de rôle naturel, dans une approche dénuée de toute ambition. Ce parti pris d’enregistrement du réel de façon objective et réaliste, consiste simplement à capter l’essence même des êtres.

Datant de la fin des années 70, cette galerie de portraits noir et blanc, surprend par son côté surannée, emprunte à la fois de nostalgie et d’une certaine modernité s’agissant de la fin des 30 glorieuses, qui voit l’avènement de la société de consommation et du confort domestique. 
Au gré de ses rencontres de voisinage, le photographe a su saisir la beauté et la fraîcheur ingénue de l’enfance, le temps des jeux guerriers, des cow-boys et des indiens, des promenades en landaus, des premiers gadins à bicyclettes,  des images qui rappelle l’univers de la mythique série TV «happy days », un feed back des « jours heureux » qui a valeur de témoignage sociologique sur l’Amérique de la fin des années 70 et de l’avènement du tout pavillonnaire, symbole de réussite sociale de la middle class.

Ricardo Bloch a ainsi accumulé les images d’un temps révolu, des images datées du fait des véhicules stationnés devant les maisons, du fait des vêtements portés par les différents protagonistes de cette galerie de portraits. Un temps  ou il était encore possible de photographier des enfants sans être aussitôt soupçonné de quelques déviances sexuelles ou autres perversions, un feed back radical sur des années d’insouciance, ou il n’était pas commun de se barricader, de clore de murs les jardins, de cloîtrer les enfants dans les cours d’école de peur qu’il n’arrive quelque chose …
La rigueur du cadrage contraste souvent avec la spontanéité des poses, des instants saisis, vie de tous les jours, occupations des aînés et facéties et jeux des plus jeunes, prenant la pose avec fierté devant l’objectif du photographe, brandissant tels des trophées les atours symbole de leur condition de fille ou de garçon, celui-ci braquant son pistolet vers l’objectif, tel autre juché sur sa monture, celle-là enlaçant sa poupée ou son cadet d’un  geste protecteur.

Par ailleurs il y a souvent, dans ses images comme un revers, une fragilité palpable, une mélancolie diffuse, une forme d’évanescence alors que dans le même temps il règne sur toutes ces scènes le sentiment d’une intense liberté, une liberté à la fois spontanée, revendiquée, renforcée par la frontalité de l’approche conjuguée à la distanciation voulue par le photographe, qui donne aux compositions d’ensemble leur juste ponctuation, aux portraits rapprochés leur force et leur intensité, à ce parcours d’images inédites une émotion palpable. 
Ses images retranscrivent la réalité d’une époque, d’un univers empreint de la banalité du quotidien, vision apaisante, sur laquelle plane la douceur de la mélancolie.

Le photographe a cherché à capter un sentiment profond, au hasard des rues, sans velléité sociale ou documentaire, grâce fugitive de l’instant qui passe – instant que Ricardo Bloch immortalisait comme s’il avait eu le pressentiment  d’une fuite du temps qu’il aurait été alors le seul à percevoir.

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