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Photos / Collages

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Ce que l’on constate d’abord à travers ces images que Villani s’est approprié, c’est la cohérence de son processus créatif. Si la mémoire est l’une des matières premières de l’artiste, il est logique qu’il incorpore des photographies à ses séries. En dépit du temps écoulé, ou de la distance géographique, elles semblent étrangement intimes.

Les affinités culturelles ne découlent pas nécessairement d’origines communes; de plus, dans l’œuvre de Villani les origines semblent toujours fuyantes, même lorsqu’il les invoque. Déconnectées de leur descendance, ces photographies des ancêtres sont des histoires oubliées. En les récupérant, Villani en fait des vecteurs de mémoire collective, reliant l’individuel au pluriel, dressant une passerelle entre le subjectif et le partagé.

Ses interventions soulignent leur caractère effacé, mais surtout transforment ces images en œuvres d’art : en des événements singuliers.

À travers des découpes imbibées dans la peinture à huile, il rosit des visages fanés, propose un compagnon de jeux à une enfant solitaire, entoure les mariés d’étoiles ou de nuages menaçants.

Cette démarche puise son sens d’un croisement de références marqué par la dislocation ; Villani adopte alors, dans un dédoublement de la série, une stratégie consistant à se jouer des dimensions pour mieux souligner la distance chronologique qui nous sépare des personnages. En transposant les petits originaux en des reproductions grand format, le poids physique des œuvres –  comme dans les Bilboquets – devient un élément important ; comme si les gonds soutenant les cadres monumentaux peinaient à retenir le poids de l’Histoire  qui s’adosse à eux.

Certaines images sont reproduites plusieurs fois ; exposées côte à côte, elles gagnent une qualité cinétique, comme s’il s’agissait de plans séquences d’un film.[i]

De manière significative, sachant sa présence aussi éphémère que la leur, Villani brouille les dates, entremêle ses portraits à ceux d’êtres qui s’en sont allés, dans la certitude d’un futur forcément niveleur.

Ainsi le paradoxe de la proximité et de la distance réapparaît, nous propulsant dans un tunnel temporel où la poésie du déplacement – comme dans Alice au Pays des Merveilles de Lewis Caroll – rend possible la découverte de soi à travers la rencontre fortuite de l’autre.

[i] Comme développé par Paula Alzugaray dans Orbitales, texte de l’exposition individuelle de Villani Le glaneur, l’ange et l’enfant bossu, Paço Imperial, Rio de Janeiro, 2009.

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