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Délits d’initiés

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DÉLIT D’INITIÉS / INSIDE JOB

Bachelot Caron interviewés par Jérôme Sans - Extrait

Jérôme Sans : Qu’est-ce qui vous a inspiré l’idée de mettre en scène et en image les faits divers, le crime et d’une certaine manière la comédie humaine ?

Bachelot Caron : Le « fait divers » est un thème comme un autre, avec, c’est vrai, un potentiel particulier car il excite la curiosité du « regardeur ». Aucun metteur en scène et conteur ne reste indifférent aux passions et pulsions des couples qui se déchirent et s’étranglent. Toutes ces vengeances, tous ces règlements de comptes offrent « aux fabricants d’images » que nous sommes une palette immense de couleurs et de formes ; à nous alors de photographier, de voler des images, de composer et peindre ; à nous de savoir, à la façon d’un aquarelliste ou d’un graveur, comment préserver certaines plages blanches. À nous de décider à la façon d’un chef opérateur s’il faut détacher, contraster un arrière-plan, ou flouter un premier plan. Pour cette troisième exposition, nous avions décidé de quitter l’arme blanche et les pétards pour travailler au plus près du mensonge, de l’illusion, du jeu. L’idée était de dévoiler la comédie qui sous-tend le tragique. Et nous revoilà, par-ci par-là, avec un fusil et des bagarres. Quoiqu’il en soit, nous ne sommes en aucun cas des spécialistes du crime, nous ne connaissons rien à l’affaire. Pas plus qu’un peintre du xviie ne s’y connaissait en crucifixion. Au final, photographier et peindre une nature fut-elle morte n’est jamais simple et réaliser des images, au premier degré si prégnant, est même une affaire bien plus compliquée qu’on ne le croit.

J. S. : Vous définissez vos oeuvres comme des tableaux photographiques. Qu’entendez-vous par là ?<br<

B. C. : Il a fallu nommer. Le terme de tableau photographique est équivoque. Nous pouvons imaginer une explication. Tableau : quand nous mettons en scène, représentons jusqu’à la théâtralité, quand nous travaillons à la façon d’un peintre, avec de la matière et des couleurs. Nos palettes sont avant tout constituées de fragments d’images (reportages ou prises de vue réalisées en studio), de photos découpées, scannées. Nous posons, déformons, restructurons ces éléments. Photographique : quand nous nous attachons à l’enregistrement d’une trace, quand nous nous efforçons, par la prise de vue instantanée, de saisir l’instant qui précède ou celui qui suit. Notre culture picturale est à la fois nourrie d’images peintes et d’images photographiques ou cinématographiques. On nous dit souvent que nos images sont du cinéma figé, de l’arrêt sur image. D’une certaine façon, l’appellation de tableau photographique représente la synthèse de notre culture et de notre travail. Nous intégrons procédés photographiques et procédés picturaux dans la texture (huile, acrylique et palette graphique), autant que dans l’architecture de l’image. Nous jouons de la profondeur de champs, des flous… mais, et c’est là qu’il y a singularité, nous assemblons également sur une même image, qui paraît être photographie, des focales différentes, ou bien par exemple, une prise de vue en plongée ou en contre-plongée. On voit cela très bien dans « Weidmann » et « Close up ».

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