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Faces, dessins au stylo bille

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Des barbes de cent jours, des tifs en désordre, des rides qui dessinent des valons, des montagnes, des crevasses : les portraits géants de konrad sont des paysages et des errances, les visages de ceux qui n’ont plus rien ou de vieux sages disciples de Diogène. Leur peau, devenue comme l’écorce d’un arbre, parle, crie, pleure. S’inscrivent à l’intérieur, la rue et l’humanité. Entre les plis de ces carcasses à l’abandon, entre les poils, entre les bosses, les yeux l’emportent. Des yeux électriques. Nobles. Des yeux pleins. Des yeux qui signalent au monde que le monde a oublié les hommes. L’émotion se plante toujours dans les yeux. Et c’est la solitude, le dénuement, l’injustice que l’on regarde droit en face, et c’est l’âme qui s’en sort, se soulève, sauvée, vivante. L’hyperréalisme des dessins de KONRAD, sa virtuosité technique, les grands formats, la couleur bleue du stylo à bille, offrent à ces visages une aura, une prégnance, une réalité. Ils leur donnent une place, un espace d’existence. On pense aux photographies des sans domicile fixe de Lee Jeffries et, bien sûr, aux portraits de Chuck Close. Chuck Close, croqué à son tour par konrad, ne voyait-il pas dans un visage une « carte routière de la vie » ? Une tête de vieillard apparaît sur la page d’un atlas, traversant les pays, les villes, les villages, les frontières comme un grand voyage à rebours. Et un philosophe, et un humoriste, Onfray sage, Rollin qui gueule, ont le droit, aussi, aux détails de leur image.

Julie Estève, février 2016

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