';

Secret Eden II

Recommend
  • Facebook
  • Twitter
  • Google +
Share

SECRET EDEN

Ça se passe dans une station service dans les années soixante-dix, dans un conte des frères Grimm on ne sait plus trop quand, ça se passe en plein jour et au cœur de la nuit, dans un bureau à côté d’une machine à écrire, devant une cheminée, dans un jardin à la française, sur un canapé près d’un bouledogue anglais, ça se passe sous un soleil de plomb ou au pied d’un ciel gris, presque dans le futur, en l’air avec un pistolet, et puis dans un film de science fiction, ça se passe au milieu d’une party bourgeoise sur des banquettes en skaï, contre un mur, sous une table, pas loin d’une piscine, au creux d’un rêve, au fond de soi, ça se passe partout, et surtout dans Secret Eden, la nouvelle série photographique de Sacha Goldberger qui se regarde comme au travers d’un judas, en douce.

Il joue Sacha, à cache-cache. Il fabrique des indiscrétions, provoque des messes basses, fouette les curiosités. Il ouvre des portes, en ferme d’autres. Comme un réalisateur, il choisit les lieux, les costumes, dirige les acteurs, touche aux lumières, traverse les époques, s’attache aux cadres, aux détails, mais laisse à celui qui se frotte à ses mondes, le plaisir de finir, ou non, l’histoire, le feuilleton. Ses images sont des visions, des extraits d’imagination. Elles sont des flashs, des petits éclairs qui manigancent des aventures dans votre dos. À vous de voir, incognito, ce qu’il se trame dans les ellipses, derrière le voile de ces édens inavouables, plus tout à fait perdus. Quelles comédies, quelles amours, quels grands désirs, quel genre de drames ?

Et voilà qu’on se jette dans Secret Eden et ses scénarios ouverts. Sans gène, on est une courtisane, un grand singe, un baron, Blanche Neige, un nain parmi les Sept, un clone rouquin, un Mad Men, une secrétaire, une biche, un bûcheron. On est tout à la fois, on s’invite à la fête, si cela nous chante.

Puisque les femmes et les hommes qui peuplent les photographies de Sacha Goldberger sont des personnages à pénétrer, des corps à secouer, des âmes à remplir. Sans sourires, presque somnambules, comme étrangers à l’affaire, ils servent de préliminaires à nos fables clandestines. Très vite, ils deviennent des confidents, les partenaires de nos propres histoires. La visite est privée. Avec eux, c’est d’accord. Les voyages les plus libres se font à l’intérieur de nous-mêmes. Essayez Secret Eden, vous verrez bien.

Julie Estève

Info