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Tradition française

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« Ouvrages des garçons » Broderies à 4 mains.


Lorsque deux artistes travaillent en collaboration, il peut se produire une dépersonnalisation, une dérive de l’individualité et une perte de l’identité.

Travailler sur une même œuvre rend impossible la distinction des styles, des décisions adoptées par chacun, enfin, des frontières qui nous relient et nous séparent des autres. En fait, il y a dans l’idée même de travail, la perte du moi. On est tellement habitué à débattre de la place exacte où se trouve le génie créateur qu’on oublie que tout travail suppose un “nous”, une communauté, une société qui produit les sens et les choses.

La « societé » Chiachio& Gianonne interroge toutes ces catégories: le travail et l’œuvre, le moi et l’autre, la place du « nous ». Il s’agit d’une œuvre qui dans ses matériaux, sa technique et son métier, tisse une politique visuelle : les « ouvrages d’aguilles ».

Il s’agit d’un couple d’artistes qui travaillent ensemble, en dissolvant leurs noms et leurs expériences dans une œuvre commune. L’histoire de l’art connaît beaucoup de cas de collaboration dans toutes les pratiques, mais toujours de façon partielle et limités à un aspect spécifique.

Chiachio&Giannone interviennent sur une trame préexistante, avec sa texture et son dessin, pour composer leur propre idée de trame.

Chiachio&Giannone sont alternativement les indiennes de cette Amérique Latine exubérante et les folles submergées dans un déploiement d’érotisme soft gay. Autour de l’univers domestique de Chiachio&Giannone, on aperçoit des perroquets, des jacinthes d’eau, des fleuves à fort débit, des saints latino-américains ; ou leurs corrélats, une série d’hommes musclés, torses nus, portant des shorts moulants, qui pourraient être classés selon les catégories des images pornos sur internet : pompiers, policiers, all american cowboys, etc.

On pourrait les comparer à Pierre et Gilles, ou encore, à Gilbert & Georges. Mais cette comparaison est fondée sur un préjugé, à savoir, l’existence d’une soi-disant « tradition gay », ou quelque chose dans le genre, à laquelle l’art n’accorde pas trop d’importance.

Extrait du texte de Ariel Schettini
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