Vogue à l’âme  Dessins à la pierre noire
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Wallpaper
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Scènes extérieures
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La dernière fois que je l’ai vu il était avec les filles
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Dessins Mixtes
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Dessins couleur
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Ceux qui naissent dans les fractures
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Bio

Né le 8 mai 1985

Après des études secondaires scientifiques dont il retiendra le processus de recherche et la démarche expérimentale, Raphaël Tachdjian intègre l’école de Condé à Paris où il apprend le graphisme et approfondit sa pratique plastique. Il obtient un BTS de communication visuelle en 2007 et prolonge ses études en Master mais réalise que le monde de l’entreprise ne correspond pas à ses attentes et décide de se consacrer au dessin.

Parallèlement à sa pratique quotidienne du dessin, il exerce la fonction de moniteur d’atelier communication visuelle aux Chapiteaux Turbulents !, établissement de Soutien d’Aide aux Travail pour autistes et psychotiques. Il intervient en tant que plasticien dans des workshops auprès d’étudiants en école supérieure d’arts appliqués.

2010, il fonde et anime également un laboratoire de recherches en dessin expérimental.

En 2015, sous l’impulsion d’Olivier Castaing, son galeriste, il décide de se consacrer entièrement à son art. Sa virtuosité, son imagination et la réalisation dessins sériels et narratifs confirment le potentiel exceptionnel et le talent de ce jeune artiste, que certains comparent à son grand et prestigieux ainé Robert Longo, par la puissance de ses représentations aux confins du rendu photographique absolu.

La School Gallery lui a consacré sa première exposition personnelle en 2011 et c’est à lui, benjamin de la Team School Gallery que revient les honneurs avec son deuxième solo show à l’occasion de l’inauguration du nouvel espace de la galerie dans le Haut Marais. Ses participations successives dans les Off de la Fiac et lors des groupw shows No(s) Drawings, qui ont lieu chaque année à la galerie, confirment l’enthousiasme de nombreux collectionneurs pour son travail.

Formation

2007-08
Master de Design global, spécialité graphisme, École de Condé, Paris 15e

2005-07
BTS Communication Visuelle, École de Condé, Paris 15e

2004-05
Mise à niveau en arts appliqués, École de Condé, Paris 15e

Expositions

2016
Group Show N(o(s) Drawings – School Gallery
Art Paris – stand School Gallery / Olivier Castaing – Grand Palais, Paris
YIA artfair, Off de la FIAC, stand School Gallery / Olivier Castaing – Carreau du Temple

2015
FACE to FACE – Paris / Shangaï – Show Raphaël TACHDJIAN & Tango, son invité
Art Paris – stand School Gallery / Olivier Castaing – Grand Palais, Paris
YIA artfair, Off de la FIAC, stand School Gallery / Olivier Castaing – Carreau du Temple

2014
Solo Show – Exposition inaugurale du nouveau lieu de la School Gallery / Olivier Castaing

2012 / 2013
Group Show N(o(s) Drawings – School Gallery

2011
Ils ont décidé de le faire aujourd’hui, Dessins, 1ère exposition personnelle

2009 – 2010
Chargé de recherches – atelier de dessin expérimental, École de Condé, Paris

Depuis 2008
Moniteur en atelier de communication visuelle aux Chapiteaux turbulents, Paris
(Établissement de soutien d’aide au travail pour autistes et psychotiques)

2010
Intervenant plasticien – Workshop étudiants en Master de Design global, École de Condé, Paris

Prix

2011
Premier prix, Biennale Art contemporain, La Celle Saint Cloud

Texts

Théâtres d'ombres

Julie Estève, mars 2016

Raphaël Tachdjian dessine l’enfance et la nuit au fusain comme un théâtre d’ombres. Des petites filles en robes blanches, des garçons en culotte courte, jouent, dans le noir, sur des balançoires, des toboggans, sous des tentes d’indiens, font des va-et-vient à califourchon sur des chevaux à ressort, marchent avec des ballons en cœur dans les mains, soufflent dans des malabars pour faire des bulles avec. Ils s’amusent avec leurs doigts, leurs bouches, leurs jambes. Ils collent leur nez sous les jupes pour voir ce qu’il s’y passe, prennent les culottes et les sexes en photo avec des téléphones portables. On ne se sait pas trop ce qu’ils fabriquent, les enfants de la nuit de Raphaël, ce qu’ils essayent avec leur corps sous les tipis;  il n’y a que leurs pieds et leurs guiboles qui dépassent.

Ils ont des secrets, des trucs à eux, ils se reniflent, se collent, ils se touchent. Une fillette sur un lit d’adulte enfonce son index dans le canon d’un pistolet à eau que tient un petit homme, torse nu, devant les persiennes d’une chambre à coucher. Il y en a une qui crache, ou qui vomit, à la sortie d’un de ces tuyaux de glisse, et puis une autre, allongée, qui hurle, et on dirait qu’un de ses ballons d’hélium vient de lui trouer le cœur. Au milieu des herbes hautes, une gamine observe l’univers et le paysage brûler. Elle est assise en tailleur, coudes sur genoux, poings sur menton : elle profite de ce grand spectacle. Elle n’a pas peur. Il n’y a pas d’adultes. Il n’y a plus d’adultes. Et dans cette salle de classe ahurissante, derrière leurs pupitres, des centaines d’enfants regardent, au centre de la pièce voler un fantôme qui semble leur apprendre que l’innocence est à jamais perdue.

Raphaël Tachdjian

Julie Estève, 2014

« Chacun peut surmonter ce qui l’effraie, il peut le regarder en face. Il échappe à ce prix à l’étrange méconnaissance de lui-même qui l’a jusqu’ici défini. » Georges Bataille.

Son trait claque des dents, tremble comme une excitation indocile. Il effleure les passions du corps, les vices, les indécences. Il sent les odeurs, vole les sueurs emmêlées, l’agitation, les nausées. Alors l’encre coule, l’encre dégouline sur le feutre ou le crayon, les enduit, les salit. Son trait regarde l’interdit, le maudit. Il saisit les caprices, les ivresses de la démangeaison physique, les regarde de près. Son trait est un coin défendu, le lieu des petits, des grands fantasmes, des belles et des violentes perversions. Son trait est fébrile. Il recueille les montées, les descentes du désir et ce moment où tout doit s’éteindre sauf la chair et les cris.

Raphaël Tachdjian dessine des images qui forcent l’orgasme. Comme au travers d’un judas, en cachette, à l’abri, l’obscène s’avale. Des sexes offerts, des verges, des fesses, des seins, enfin, des choses féminines, des choses glissantes s’empilent et se pressent. Il y a dans la pornographie une certaine addiction au dégoût, au honteux. Il vient l’irrépressible besoin avant le haut le cœur, il vient le plaisir avant la culpabilité. Il vient. La crudité, celle qui fait se tendre encore, presque toujours, se vide, après le bref instant de perte, de toute sa charge érotique. Elle devient plus qu’inutile, inutilisable. Du moins, pour un temps.

Dans les dessins de Raphaël, souvent, les visages sont des masques, des morts, des hyènes qui s’abreuvent de sexe et de viande. Ils sont des ogres au cœur des peaux qui ne s’arrêtent plus de mourir, quelques secondes à peine. On dirait qu’ils ricanent. Et l’humour soufflé dans les titres et les superpositions impossibles qui s’agencent sur les corps, amènent par derrière, un sens de la dérision. L’éros est aussi un jeu. Une petite récréation, une petite fête dangereuse. Raphaël invente en image sa comédie du cul, sa farce sexuelle pleine de grimaces et de luxure. Faire transpirer la feuille, la faire mouiller, jouir. Lui donner, de l’effet, de l’effroi et un sourire libérateur. Sur le papier, ça sent aussi la salive, les humeurs et cette bile noire qui se répand comme une rumeur. Les ventrailles des personnages sont à vif, elles sortent du cadre des corps, elles s’évadent parfois sous le regard vide d’enfants en ruine mais jamais elles ne sont un obstacle à la jouissance. Par paquet, emmêlé, en pagaille, c’est l’intérieur qui se couche, ruisselle sur les parties blanches, innocentes du papier. Raphaël dessine, l’érotisme du boucher, de la débauche. Il s’amuse avec ses charmes, ses menaces. Il le bouscule, le travaille comme l’obsessive épreuve du désir, du désordre, du vertige.

« L’érotisme est un monde dément et dont bien au-delà de ses formes éthérées, la profondeur est infernale. C’est un dédale affreux où celui qui se perd doit trembler. Seul moyen d’approcher la vérité de l’érotisme : le tremblement » Georges Bataille.

Ils ont décidé de le faire aujourd’hui

Lionel Hager, 2011

Chaque dessin est le seuil narratif d’un acte initiatique. Des personnages, sidérés, éprouvent l’étrangeté d’un monde dont ils furent protégés. L’intensité des regards exhibe la violence de l’évènement. L’innocence est un leurre, l’immédiateté une mise en scène.

Chaque dessin est un produit de l’effroi, la peur sans révulsion du sexe et de la mort d’une existence fantasmée. Sur des images pornographiques, dont la tension entre fascination et répulsion affecte l’anatomie, il opère un processus alchimique, transmue les fragments d’un réel perverti pour faire émerger la vérité du simulacre. Les collages photographiques sont raisonnés au feutre, incarnés à l’encre, dans un activisme de l’excès continu, jusqu’à la rupture. L’éréthisme du dessin est un protocole d’assimilation, d’exténuation des représentations, dans un mouvement paradoxal de maîtrise expressive et de béance. Plutôt que la rémission d’une angoisse, ce travail est son assomption, son dépassement par une écriture récursive à la limite du contrôle, une algorithmie corrompue cédant l’initiative aux traits, au heurt matriciel de leur convulsion mobilisée, un rite masturbatoire dont le tremblement crée la douceur du désordre et reconduit sans cesse l’expérience d’une impossible extase.

Chaque dessin est un exil qui fraye une voie à l’avènement, l’affleurement parfois fugitif d’une immanence. Il expose nos terreurs, nos désirs à la déflagration silencieuse d’une rencontre qui atteint, dans le pli des décombres, un degré précis d’émotion.