EXPOSITION
Topsy Turvy
Dean Tavoularis

Tuesday morning, 2020 Acrylique sur toile ©Dean Tavoularis
Summer City, 2020 Acrylique sur toile ©Dean Tavoularis
Untitled #11, 2018 Acrylique sur toile ©Dean Tavoularis
City Building, 2021 Acrylique sur toile, 130 x 90 cm ©Dean Tavoularis
Untitled #12, 2018 Acrylique sur toile 46 x 38 cm ©Dean Tavoularis
Untitled #07, 2019 Dessin sur bois 46 x 37,5 cm ©Dean Tavoularis
Untitled #09, 2019 Acrylique sur toile 28 x 36 cm ©Dean Tavoularis
Abstract, 2020 Acrylique sur toile, 130 x 90 cm ©Dean Tavoularis
Untitled #1, 2020 Peinture, acrylique sur toile 130 x 89 cm DT20-001 ©Dean Tavoularis
Composition, 2019 Acrylique sur toile 60 x 38 cm ©Dean Tavoularis
Untitled #47, 2018 Émail sur bois 2 x 33 x 41 cm ©Dean Tavoularis
Untitled #18, 2018 Peinture, acrylique sur toile 100 x 80 cm DT18-037  ©Dean Tavoularis
Untitled #23, 2005 Huile sur toile 46 x 55 cm ©Dean Tavoularis
Untitled #06, 2017 Acrylique sur toile 32 x 23,5 cm ©Dean Tavoularis
Untitled #48, 2018 Acrylique et collage sur toile 38 x 41 cm ©Dean Tavoularis
Untitled #10, 2019 Peinture sur bois ©Dean Tavoularis
Untitled #25, 2005 Acrylique sur toile ©Dean Tavoularis
Untitled #40, 2018 Acrylique et collage sur toile 60,5 x 46 cm ©Dean Tavoularis
Untitled #50 Peinture sur bois ©Dean Tavoularis
Untitled #27, 2017 Huile, acrylique, collage et feuille d'or sur toile ©Dean Tavoularis

Dean Tavoularis : l’allure des formes

C’est le paradoxe d’une vocation divisée. Heureusement divisée…
Cet illusionniste qui prépare pour des cinéastes fous de simulacres, des décors au sein desquels la profondeur du monde ment sur ses limites – et dont seul le mouvement des images assure un infini trompeur – cet architecte d’édifices qui ne sont que des parois plates anamorphosées par l’œil de la caméra, est un peintre. Et dans une sorte d’inversion, il restitue des volumes dans tous leurs états sur ses toiles ou ses feuilles. Croisement inattendu des formes chez un artiste qui construit des univers plats peint des reliefs abstraits et urbains.

Sur cette expérience particulière des formes alternant surface et volumétrie, Dean Tavoularis n’est pas sans faire songer à Paul Klee. Au delà du rapprochement qu’autorise la chorégraphie de volumes simples échappant à la pesanteur, je suis irrésistiblement tenté d’emprunter cette remarque au peintre le plus musicien, donc le plus en mouvement dans l’histoire de l’art moderne : « les formes, ainsi que nous avons souvent appelé ces créations évoquant une figure quelconque, ont également une allure, – une allure résultant de la façon de mettre en mouvement les groupes d’éléments choisis. Une allure calme et stable peut résulter de deux procédés constructifs différents : établissement de larges couches horizontales ou bien, dans le cas contraire d’une construction en hauteur, montage systématique en verticales apparentes. »

Tout est dit : les formes de Dean Tavoularis ont une allure. Elles bringuebalent, dandinent, claudiquent, se trémoussent et se repoussent. Oui, de larges couches horizontales se conjuguent alternent, croisent des verticales apparentes… On vérifie quand on rapproche les œuvres, une fougue de peindre, un goût affirmé pour traduire une agitation, un désordre dont le cadre contient la démesure potentielle, la pression pour s’en échapper…

Dean Tavoularis est donc peintre… Aussi n’aime-t-il rien tant que les surfaces colorées dont il n’a pas à détourner les apparences. Mais au contraire, il doit les affirmer, les désigner selon les principes d’une paradoxale critique anti-illusionniste. Ainsi les motifs se répètent, les couleurs s’épargnent des ombres, les volumes sont indifférents au modelé. La peinture est comme une revanche : construire et mouvementer un monde sans le recours à la machine-cinéma et en se satisfaisant du papier et de la toile.

On perçoit une ferveur incessante de peindre telle une prise de notes – de peindre comme on filme. Cette ferveur paraît alimenter le désir d’une représentation d’un monde inaccessible, un monde intérieur fait d’abstractions qui allègent et libèrent Tavoularis des travaux au service de personnages appartenant à des fables cinématographiques

 

Si certaines de ses esquisses urbaines – blocs et tours – suggèrent aisément des dédales cinématographiques favorables aux rencontres dangereuses ou amoureuses, elles affirment avant tout cet «  effort par poussées pour décoller de la terre » (pour reprendre encore les mots de Klee). Autrement dit, rien de plus manifestement jubilant pour ce peintre que cette gratuité de mettre en un certain ordre coloré des géométries vaines.

Et puis, il y a le portraitiste. Et rien n’émeut autant que la fraîche évidence d’un fauteuil constellé d’un pattern fleuri (un objet peut être peint comme une personne !) ou la stupéfaction mélancolique d’un visage aux couleurs d’un jour qui se lève. L’audace des coups de brosse et celle de la main levée qui trace au pinceau, figurent élégamment et mystérieusement le confort du siège humoristiquement gardé par un toutou noir ou la tendresse d’un regard subtilement perdu.

L’œuvre de Dean Tavoularis n’est donc que contradictions fécondes : illusion de profondeur des décors de films et vérité affirmées de la planéité de la peinture, abstractions et portraits, fuite des images en cinéma et « arrêts sur image » en peinture. Je me plais à penser que la peinture n’est pas pour lui une continuité de sa virtuosité décorative, le prolongement qui anoblirait l’efficacité du décorateur. Ce sont en fait les deux faces opposées et unies d’une même entreprise, opposition fondatrice, comme si ce tempérament plastique ne se réalisait qu’en luttant : la dramaturgie contre l’abstraction, les personnages contre les objets, le collage tragique contre la caricature joyeuse, la peinture contre le cinéma. Contre, donc… avec.

L’intervention graphique, une certaine vitesse de la trouvaille, la puissance de renouvellement qui explique un éclectisme d’expérimentateur, s’originent chez Dean Tavoularis dans l’affrontement des disciplines plutôt que dans leur tranquille complémentarité. Il faut déceler ici les signes d’une forte personnalité capable de servir… d’autres fortes personnalités, de Coppola à Polanski, de Penn à Antonioni, de Warren Beatty à Wim Wenders…

Peindre, coller, dessiner… Il fallait bien pour Tavoularis cet arrière-pays pour enrichir ces géants tout autant que pour leur résister.

Dominique Païni, 2011-2021
Commissaire d’expositions
Ancien directeur du développement du MNAM – Centre Pompidou
Ancien Directeur Général de la Cinémathèque française

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