Our Common Future
Our Common Future
6 février > 28 mars 2020
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Fondation Villa Datris
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Sculptures I
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Art Paris 2019
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Sculptures II
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Sculptures & Installations
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Vues d’exposition
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Fictions Singulières
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Bio

Ils vivent et travaillent à Paris.

Karim Berchiche
né en 1978 à Le Quesnoy.
Diplômé d’un DEA en Sciences Politiques,
Sciences-Po Paris, France.

Luc Berchiche
né en 1981 à Le Quesnoy.
Diplômé d’un Master d’Arts Plastiques,
Université Charles-deGaulle – Lille III

Expositions

2020
« Our Common Future », Solo Show, School Gallery Paris

2019
Art Paris 2019, stand School Gallery, Group Show, Grand Palais, Paris
« Mare Nostrum : identités méditerranéennes », Group Show, Fondation Villa Datris, Espace Monte Cristo, Paris
« Mare Nostrum : identités méditerranéennes », Group Show, Fondation Villa Datris, l’Isle-sur-la-Sorgue

2018
Group show, School Gallery / Olivier Castaing, Paris, France
Solo show, School Gallery / Olivier Castaing, Paris, France

2017
OFF Art Brussels, Bruxelles, School Gallery / Olivier Castaing
Solo show BEIRUT ART FAIR, Liban
Solo show Domaine Deuleuze-Rochetin, Uzès France
Solo show Ambacher Contemporary Gallery, Munich, Allemagne
ART BASEL DESIGN MIAMI, Philippe Gallery, Bâles, Suisse
Villa UGC , Enrico Navarra gallery & UGC, Festival de Cannes
Parcours Saint-Germain, by Pierre Marcolini, Paris

2016
LIQUIDATION TOTALE, Ambacher Contemporary Gallery, Paris
ART BASEL DESIGN MIAMI, Philippe Gallery, Bâles, Suisse
Villa UGC, Enrico Navarra gallery & UGC, Festival de Cannes
La Nuit de L’ICART (group show), Paris

2015
Musée de la Vieille Charité, « Art Fiction, de la ville aux étoiles », Marseille
Fondation DATRIS, (solo show) Isle-sur-la-sorgue
Cut-log Art fair, (solo show) David Wizmane Gallery, Paris
ST’ART Art Fair, Strasbourg
Espace Motor Village, (group show) Rond-Point des Champs Elysées, Paris

2014
Montparnasse Museum (solo show) curated by Jean Digne & David Wizmane Gallery, Paris
Hard to leave this shitty paradise (solo show) Nuke Gallery, Paris
Art St-barth (collective show) Nuke Gallery, Saint-Barthélemy
Centre Pompidou Metz, La semaine du goût (group show) Metz

2013
Escalader le ciel sans échelle (solo show), David Wizmane Gallery, Paris
Parcours Saint-Germain n°10, partenariat FIAC
Salon Maison & Objets, Selection de l’Eclaireur, Paris
Collective Show, Valentine de Badereau Gallery & Nuke Gallery, St Barthelemy
The invisible end (solo show) David Wizmane Gallery, Paris

2012
Génération Polluée, Nuke Gallery, Paris
Scope Art Fair Basel 11, Artaban Gallery, Basel Switzerland
Villa UGC (solo show), Enrico Navarra, Nuke Gallery & UGC, Cannes Festival, France
Montparnasse Museum (solo show) curated by Jean Digne & David Wizmane Gallery, Paris
Art Paris Art Fair 11 Enrico Navarra Gallery, Paris

2011
La Fratrie (solo show), David Wizmane Gallery, Paris
Archichaos, curated by Julia Van Hagen – ArtStanding, Rove Project, London
Summer Trees, Analix Forever, Genève
Even Now you can dream, Artaban Gallery, Paris
What Remains (solo show), Nuke Gallery, Paris
Art Paris Art Fair 10 Nuke Gallery, Paris
Gold Digger (solo show), Suty Gallery, Coye-la-Forêst, France

2010
Abu Dhabi Art Fair 09, Enrico Navarra Gallery, Abu Dhabi
Slick art fair 09, Lacen Gallery, Paris
The Logic of French Riviera, Les Jumeaux, Ramatuelle, France
Colophon, Nuke gallery, Konschthaus beim Engel, Luxembourg
Heart breakers, OFR gallery, Paris

2009
Christmas Show, Lacen Gallery, Paris
Art Paris Abu Dhabi 08, Enrico Navarra Gallery, Abu Dhabi
Weak Show (solo show), Lacen Gallery
Slick Art Fair 08, Lacen Gallery, Paris
Scope Art Fair London 08, Lacen Gallery, London
Who will cast the first stone (solo show), Nuke Gallery, Paris

2008
On the Road, Pierre André Benoit Museum, Alès, France
Arménie mon ami, Artcore Gallery, Paris

2007
All the art I can fit in my roller-skate case, The Living Room Gallery, Manilla, Philippines
L’art oseur, art osé (collective show) Institut Supérieur des Carrières artistiques, Paris

Texts

Les deux frères derrière La Fratrie, Karim et Luc Berchiche, créent à quatre mains des sculptures fascinantes de précision et d’évocations qui interrogent l’homme dans son rapport à l’environnement. Iles miniatures suspendues, constructions minutieuses, par leur réalisations plastiques et formelles, les sculptures composées de multiples matériaux, font de leurs créateurs les artisans d’un monde utopique au sens propre « lieu qui n’est pas ».

Ces rochers aériens constituent autant de mondes en soi, illusions déracinées de leur espace d’origine. Fictions singulières et complexes, ils introduisent des scènes narratives le plus souvent allégoriques mais aussi des véritables réflexions sur la brièveté et la fragilité de la vie.

Our Common Future

Our Common Future (Notre avenir à tous) est le titre d’une publication du rapport Brundtland, rédigé en 1987 par la Commission mondiale sur l’environnement et le développement de l’organisation des Nations Unies. Au sommet de la Terre, en 1992, on utilise ce rapport comme base de réflexion et on parle pour la première fois de sustainable development, traduit en français par développement durable. Depuis, l’expression s’est répandue dans le monde entier. Ambitieux, mobilisateurs, fédérateurs, ces mots sonnent comme un slogan politique. En effet, qui ne se soucie pas de l’avenir ?

Notre idée était d’explorer ce qui nous attache au monde à travers la question aujourd’hui lancinante de notre futur commun i don’t believe in global warming, being brillant together, sponsored by nobody ].

Nous avons vu dans cette déclaration collective « notre avenir à tous » la recherche obstinée, folle et désespérée d’être aimé.
C’est le sentiment qui lie les personnes entre elles, et c’est universel. L’amour est la grande affaire de l’existence, la seule qui, au dire de STENDHAL, re-passionnne la vie.

Nous avons, avec des fragments d’architectures recomposées, des totems et des dioramas, tenté de représenter la complexité et la pluralité du jeu amoureux, sous toutes ses formes, tous ses genres, de la plus noble, de la plus poétique à la plus grinçante version. je t’aime bordel ] ou it was all a dream ] envisage l’histoire cruelle d’un amour aveugle, d’une passion non partagée : l’espérance s’approche de la foi. Et bien souvent, écrivait MARCEL PROUST, un amour n’est que l’association d’une image de jeune fille avec les battements de cœur inséparables d’une attente interminable, vaine et d’un lapin que la demoiselle nous a posé.

get lost/save ] me montre des mains de néon d’une apparente fragilité qui s’enlacent et relient deux pans de murs grandeur nature.
Elles fixent la magie, la fugacité mais aussi le bouleversement qu’implique la rencontre amoureuse.

Alors si l’unique mesure de l’amour ne peut être que la démesure, notre pièce en forme de cœur beyond the point of reason ] en est la plus parfaite matérialisation. Au commencement était l’émotion — CÉLINE.

La Fratrie exposent leurs célèbres îles pour la première fois à la School Gallery.

Ils présentent Archi Porn, des fictions architecturales sur des rochers en lévitation avec des baraques, le Guggenheim qui bascule, un immeuble mou, une cabane haut perchée, un poste de guet à la renverse, des maisons qui se montent dessus. En sus, quelques échancrures et des morceaux choisis. Proches des paysages utopiques d’Alain Bublex et des désordres désopilants de Philippe Ramette, les îles flottantes de la Fratrie sont des évasions. Métaphysiques.

I am standing at the edge of a precipice, but it’s a wonderful view – Je me tiens au bord d’un précipice, mais la vue est merveilleuse (Tracey Emin).
Une phrase, un titre, une parole : ça commence. Les frères Berchiche fouillent les mots. Creusent le sens. Arrachent une idée. Soulèvent des images. Puis fabriquent une île plantée dans le vide. Un rocher qui flotte. Une utopie concrète. Une hétérotopie foucaldienne. C’est à dire un contre endroit. Un lieu où le temps n’existe pas, où seul l’espace compte. Un arrêt soudain, sans hommes. Un paysage mental. Affectif. Un coin pour abriter une imagination. Un rire. La projection matérielle d’une pensée. Et ce pourrait être une allégorie : un jardin avec une cabane en bois au bord de rien. Un truc fragile. Le résumé d’un monde.

Là-bas il y a toujours une maison, et un arbre. Les baraques s’y révèlent bancales, précaires ou boiteuses. De guingois voire trébuchantes, elles sont tendues vers l’accident, la déconfiture, le vol plané. Ça ne tient pas très bien, mais ça tient malgré tout. On est dans l’apanage du presque. Presque debout. Presque droit. Presque immuable. Presque le bonheur. En plein hiatus entre le fantasme et le fiasco. Dans les mains des frères, la Cité Radieuse du Corbusier est un vestige perdu. Idem pour la villa Savoye, la maison tropicale de Prouvé, la Ruche d’Eiffel ou les pavillons de Kengo Kuma : des ruines ou des taudis.

Pour le Guggenheim de New York, c’est pareil. Le musée est en mauvaise posture, il penche d’un côté, vachement. Va se renverser. Est retenu in extremis par trois cordes et quatre clous. Et le voilà qu’il déchire le sol, qu’il creuse une faille dedans. On dirait une épave, un vieux navire. Plus loin, sur un cornet de glace, un hôtel se met à fondre sous le cagnard, c’est Miami Vice.
Exit pierre, brique, béton, les maisons sont des cahuttes en bois ou des abris de tôles froissées. Rarement des bâtiments durs. Les frères cherchent la légèreté. Cet état de bascule et de fragilité où l’humour ne suspend pas l’émotion. Si le rire vient souvent se ficher dans les titres et les ratages, il crée sur chaque île un espace relationnel. Peut-être même console-t-il du monde, de son absurdité et de ses angoisses.

La Fratrie invente des scénarios sur des terres suspendues comme les enfants construisent des tours capricieuses. Leurs fictions architecturales ne sont pas seulement des souvenirs abîmés, des fiefs sans personne, elles racontent ce qui est en creux, hors-champ, ce qu’on ne voit pas : les hommes. Et puis leurs grandes questions. La vie. La mort. La peur. L’espoir.

Julie Estève, écrivain et journaliste

Que s'est-il passé ?

Figées dans une inquiétante immobilité, statufiées dans leur entonoir de terre, identiques et toutes singulières, les îles de la Fratrie nous arrêtent comme un événement, et se répètent comme une énigme obsédante. Par contraste avec le paysage alentour, dont on pressent la vitalité et les mouvements insaisissables, leur fixité fait violence. Pour s’arracher à leur sortilège, il faut se rendre à l’évidence, les îles de la Fratrie sont très précisément cela : la trace de ce petit rien qui a tout changé. D’un équilibre qui a été rompu. De quelque chose d’insignifiant qui nous concerne intimement. Le témoin d’un naufrage quotidien.

Attendez, rien de tragique non plus, au pire quelque chose d’étrange. On est dans l’onirique – c’est dangereux, mais pas mortel. Ces mondes miniatures font revivre l’émerveillement enfantin que provoquent toujours, Dieu sait pourquoi, les petits mondes.

Etrange phénomène, dans lequel la perception semble prendre conscience d’elle-même et de ses pouvoirs. Un brin d’herbe gigantesque aussi bien qu’un bonsaï : les changements d’échelle sont toujours un délice de la sensibilité.

Chaque niveau d’être, dit le subtil Leibniz, forme un mini monde qui comporte sa perception singulière de l’univers, comme dans un miroir convexe.

Les microcosmes de la Fratrie, nets, impeccables, trébuchés de leur sens, flottent entre ciel et terre dans une sorte de purgatoire.

Baptiste Lanaspeze
Editeur et directeur des éditions Wildproject