A première vue, le travail de Konrad relève du paradoxe : utiliser le médium le plus ordinaire — le stylo-bille bleu — pour produire des portraits d’une intensité quasi monumentale. Pourtant, c’est précisément dans cette tension entre modestie de l’outil et ambition du résultat que réside la singularité de son œuvre.
Konrad appartient à cette lignée rare d’artistes capables de réactiver la grande tradition du portrait sans jamais sombrer dans la citation nostalgique. Ses figures — Clint Eastwood, Paul Newman, Steve McQueen, David Bowie, Vincent Cassel — ne sont pas choisies pour leur célébrité mais pour leur statut iconographique. Ce sont des visages déjà inscrits dans la mémoire collective, devenus des signes culturels autant que des individus.
Là où Andy Warhol sérigraphiait l’image médiatique jusqu’à sa dissolution, Konrad entreprend le geste inverse : il la reconquiert par le temps lent du dessin. Chaque trait de stylo-bille agit comme une résistance à la vitesse contemporaine. Le visage n’est plus consommé instantanément ; il est reconstruit, médité, réincarné.
Cette démarche le rapproche paradoxalement des maîtres anciens. Comme Jan van Eyck ou Hans Holbein le jeune, Konrad comprend que le détail n’est pas décoratif mais ontologique : rides, pores, plis, ombres sous les yeux deviennent les lieux mêmes de la présence. Là où les Flamands travaillaient par glacis successifs, Konrad procède par strates de hachures bleues, obtenant une profondeur comparable par des moyens radicalement contemporains.
Le bleu du bic joue un rôle essentiel. Il retire au portrait toute anecdote chromatique et installe la figure dans une zone intermédiaire entre photographie, radiographie et apparition. La chair devient mémoire minérale. Chez Clint Eastwood notamment, ce monochrome transforme le visage en paysage du temps : une topographie de l’âge, de la persistance et de la souveraineté intérieure.
Konrad n’est ni hyperréaliste au sens strict, ni pop, ni académique. Il occupe un territoire plus rare : celui d’un réalisme symbolique où la virtuosité technique sert toujours une densité psychologique.
Ses œuvres parlent autant de notre rapport aux images que des personnes représentées. Elles posent une question essentielle : que reste-t-il des mythologies modernes lorsque le glamour s’efface ? La réponse est simple et profonde : un regard.
Olivier Jullien, mars 2026
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