Toiles 2013/2015
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La famille, scènes intimistes
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Bio

Né en 1972 à Cambrai

Vit et travaille à La Rochelle

Formation

1991-92
Ecole des Beaux-Arts de Cambrai

1992-94
City & Guilds of London Art School’s

Expositions personnelles

2012
Régressions, School Gallery, Paris

2011
Memento Mori, Eglise St Sauveur, La Rochelle

2010
Galerie Xin’Art, La Rochelle
Centre culturel, La Rochelle

2007
Galerie Eponyme, Bordeaux, Récentes
Antwerpen Business Center, Anvers

2005
Galerie Le clos des cimaises, Surgères

2003
Galerie Sapo, Angers

2001
Centre Culturel, Cambrai

Expositions collectives

2011
Galerie LBL, Ile de Ré

2009
Galerie Bletterie, La Rochelle
Galerie DVO, Bruxelle

2007
Galerie Le clos des cimaises, Surgères (Anne Bothuon)
Galerie Ludwig Trssaert, Colors and colors, Angers

2006
Galerie Le clos des cimaises, Surgères
Galerie Fréderis Storme, Trois jeunes artistes, Lille

Texts

Régressions et Retrouvailles

Julie Estève, janvier 2012

Elle porte un débardeur noir, à fines bretelles, un peu trop large, qui s’évanouit clandestinement sur sa poitrine. Ses cheveux sont attachés en queue, derrière. Quelques mèches s’égarent sur son front. Les jambes écartées, accroupie, les mains en appui sur ses cuisses, elle pisse dans un pot de chambre, jaune citron. Elle se regarde en train de faire. Les lèvres sont entre-ouvertes et son sexe essaye de viser.

Une autre femme, plus ample, à la chevelure noire, longue, emmêlée, ne cache rien. Ses seins sont lourds, ballants, à la dérive. Les cuisses sont généreuses. Dans sa bouche, une tétine et autour de ses hanches, une grosse couche. Elle passe une main à l’intérieur, l’autre gratte le change. Sa tête est penchée, dormant dans son épaule. Ses yeux, de biais, sont ceux d’une fillette qui viendrait de faire une bêtise. Ses yeux ressemblent à des espiègleries, du genre libertines.

Et puis, deux écoliers en culotte courte, casquette, socquettes blanches, cartable et sucette, ont sur leurs visages une barbe de quelques jours et puis des poils, bien noirs, sur les mollets.

Vincent Ruffin peint, d’après photo, des régressions de grandes personnes. Vincent Ruffin s’amuse. Et dans ses toiles immenses, les modèles semblent trouver, un certain calme, un serein repos, un endroit pour se relier, à une enfance lointaine, inconsciente et sans gêne, un stade avant les choses sérieuses et les bonnes manières, un lieu pour s’abandonner, un peu. Régresser et fuir, le raisonnable et toutes les culpabilités. Mais derrière ces enfantillages, c’est l’érotisme qui déborde, décalé, assumé, dérangé. Vincent Ruffin ne s’intéresse qu’à la chose humaine, aux histoires, grandes et petites, à l’héritage judéo-chrétien qui conduit les hommes, les valeurs, les comportements, et puis les hypocrisies.

Et quand il fait des portraits de famille, il peint avec tendresse tout ce que les photos ne racontent pas, les silences, les tabous, les violences sourdes et secrètes. Car tous les clichés de famille se ressemblent, ceux que l’on prend, les jours heureux et que l’on laisse traîner après, dans les tiroirs, les albums, les greniers ou dans des cadres pour le salon, le bureau, un buffet. C’est vrai qu’elle est belle la famille quand elle se met à table et que les verres se vident, se remplissent et se cognent, les uns aux autres, avec les sourires serrés et les accolades théâtrales, dans les fêtes, les anniversaires. Elle est belle la famille, à la sortie des églises, en habit du dimanche, aux communions des petits et à Noël même, quand les enfants tirent la barbe du père. C’est vrai qu’elle semble belle la famille, en photo, sur papier glacé. Mais « rien n’est plus dangereux pour toi que ta famille, que ta chambre, que ton passé » écrivait Gide dans ses Nourritures Terrestres. Vincent Ruffin la peint comme une convalescence et le lieu des solitudes. Ses personnages macèrent dans la matière et un fond uni, étalé au couteau. On dirait qu’il pleut des lames collantes, derrière eux.

Il n’y a jamais de décor mais un grand vide, un rien profond et des coups de peinture. Et le portrait est prisonnier d’un temps qui n a plus d’heures, plus d’années, un temps abandonné. Et le portrait s’accroche à une mélancolie voilée, si douce, si sombre. Les tableaux de Vincent sont des paires de claques et des gestes de caresse. On entre dedans comme dans une histoire. Et c’est toujours, quelque part, un peu la nôtre.

Assis sur une chaise, un vieil homme enroule ses mains entre ses cuisses dans une gêne délicate. Son dos est légèrement voûté. Une écharpe rouge coule de chaque côté de son cou. Monsieur Sicard n’était pas fou. Pourtant, ses yeux, peu à peu se sont perdus. Comme deux stylets trop aiguisés, ils découpent l’air et une solitude funèbre, déchirent la toile pour s’approcher, tout près de nous. Non, Monsieur Sicard n’était pas fou.

Memento Mori, Chapelle des Dames Blanches, La Rochelle, 17 septembre > 2 octobre 2011

Olivier Lebleu, écrivain-historien, La Rochelle, août 2011

La passion du peintre Vincent Ruffin pour notre Belle et Rebelle l’autorise à revisiter les représentations historiques de notre cité, à interroger nos icônes, quitte à en bousculer les dogmes.

Voici une vingtaine de tableaux, qu’il ne signe pas. Juste des empâtements récurrents autour des sujets, comme les vagues d’une mer figée. Comme les guillemets d’un talent qui ne craint pas de se réinventer au gré des citations. Une peinture à message ? Dans la mesure seule où son pinceau, s’il est mu par une idée, ne s’en laisse jamais conter. Le peintre se documente, rencontre, discute, digère. Il nourrit son geste, pour mieux le laisser improviser. Cette figure féminine qu’il fait émerger du pertuis à mi-corps, saisie d’effroi devant le Siège abominable – il laissera celui nourri de folklore la baptiser Mélusine. C’est un des indices de qualité d’une œuvre que de savoir inspirer son spectateur.

Ruffin envisage les humbles et transfigure les vaniteux. Louis XIII et Richelieu sont mi-hommes mi-bêtes dans un retable iconoclaste, l’ex-voto flamboyant d’une tragédie inoubliable. Annette Epaud, résistante et déportée, reconnue Juste parmi les nations, est représentée en un autre triptyque, + 1. Avant les camps, Anne-Marie est cette femme ordinaire aux joues replètes et au regard discrètement bienveillant. Sur les portraits tirés des trois photos, de son identité réfutée aux portes de Birkenau, un destin se déchiffre : de profil, Annette la combattante plaque sa tête rasée sur des écrasements mats et brillants, comme au centre d’un échiquier maudit où toutes les cases sont noires ; de face, ses yeux à peine étonnés promettent la compassion, ses narines vibrent de rage, son menton se relève en défiance ; enfin, le même regard, s’évadant en haut à droite, invoque un courage inaliénable, qui tiendra la captive debout. Jusqu’au bout.

Voilà, Ruffin traque l’exceptionnel dans le banal. Cette équipe de football nous paraîtrait joyeusement anodine, n’eût-elle pas grossi en majorité les rangs de la Résistance et disparu sous la répression de l’Occupant. Cette scène de détente au réfectoire des chantiers navals annonce-t-elle par contraste l’époque moderne des grèves syndicales ? En isolant les personnages de cette « Mascarade nuptiale » du XVIIIe siècle, le peintre redonne une humanité aux monstres de cour, des personnes de petite taille que l’on exhibait en tableau vivant. En modifiant leur expression, il leur offre un hommage apaisé, qui ne crie même pas vengeance et semble s’esclaffer : maintenant que vraiment vous nous regardez, voyez-vous qui de nous ou des voyeurs sont les plus monstrueux ?

Dans une vision qui s’affranchit du Temps, ces œuvres inspirées ramènent au même plan les discrets méritants et les fats prospères, les oubliés héroïques et les puissants historiques qui vécurent,  passèrent ou figurent à La Rochelle. A la fois impliquées et détachées, ces « réinterprétations » laissent notre œil décider le permanent de l’impermanent, le digne de l’indigne.

Rochelais d’adoption, Vincent Ruffin vient d’un plat pays de France où la nature nivelle les orgueils, où la générosité partage même le nécessaire, où la chaleur de l’échange compense le soleil modeste. Son besoin de justice rejoint son désir de justesse.

Par engagement éthique et artistique, il devient éclaireur de notre mémoire patrimoniale.

Press

Vincent Ruffin, peintre de la matière

Atlanticoncept, décembre 2011

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Le mai de la Hanse

La Rochelle Agglo, 2011

Vincent Ruffin repeint

La Rochelle Agglo, 2011

Vincent Ruffin : la tectonique des mondes

Miroir de l'Art